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Ecart de rémunérations, publier les ratios : Oui. Mais pour quelles raisons ?

Un amendement de la majorité à la loi Pacte propose d’obliger les grandes entreprises à publier le ratio entre la rémunération la plus haute et la rémunération médiane. Bruno Le Maire y est favorable. Pour les bonnes raisons ?
Bruno Le Maire
Bruno Le Maire

Va-t-on vers plus de transparence en termes de rémunération ? C’est en tout cas ce que souhaitent des députés de la République en Marche, qui soumettent un amendement dans ce sens dans la cadre de la loi Pacte. Il s’agirait d’obliger les entreprises de plus de 5.000 salariés dans le monde ou de 1.000 salariés en France à publier dans leur rapport annuel un ratio mesurant l’écart entre la rémunération la plus haute et la rémunération médiane. Mais aussi de justifier les évolutions des écarts de salaires d’année en année. Une proposition accueillie favorablement par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Ce dernier avançant l’argument de la cohésion au sein des entreprises.

"J’y suis favorable parce que je considère qu’on doit faire preuve de transparence et je considère également qu’il est bon que dans une entreprise les écarts salariaux ne soient pas trop importants pour garder la cohésion au sein de l’entreprise", a indiqué vendredi le locataire de Bercy à France 2. Et d’ajouter : "Moi je suis très attaché à la cohésion de l’entreprise et à la cohésion nationale et je pense que ce qui tue la cohésion dans une nation, comme dans une entreprise, ce sont les excès".

Bien sûr, la publication des fossés entre les rémunérations a des intérêts certains. Comme le fait de mettre sur la place publique des données qui peuvent parfois être gênantes pour les dirigeants et ainsi les pousser à éviter les sorties de route. Une démarche qui relève ainsi du "name and shame" (littéralement "montrer et faire honte"), qui compte sur l’auto-régulation dès lors que les données sont portées à la connaissance de tous. Ce dispositif, associé à d'autres outils (comme le "say on pay" par exemple), pourrait s'avérer utile. Même s'il convient de noter que les grands patrons hexagonaux gagneraient 70 fois le revenu moyen français, contre 265 fois pour les Américains et 201 fois pour les Britanniques, selon le Global Ceo Pay Index de Bloomberg.

Le problème réside en réalité dans l’argumentation de Bruno Le Maire. Lorsqu’il a été question de publier le ratio aux États-Unis - pays où il est entré en vigueur cette année - les difficultés de mise en œuvre ont été soulignées. En effet, une entreprise qui opère majoritairement en France et une société qui a de nombreuses activités par ailleurs dans les pays émergents, auront des niveaux d’écarts différents. Car un groupe qui a des collaborateurs dans des pays où les salaires sont plus faibles, si ces derniers sont pris en compte, affichera un fossé plus important qu’une firme dont les activités sont en France et aux États-Unis par exemple.

Et sans parler de l’internationalisation, le secteur d’intervention lui-même change la donne. Ainsi les écarts entre la rémunération des patrons et la médiane des employés sont attendus plus importants dans une entreprise spécialisée dans la distribution - où une grande partie du personnel ne gagne pas des sommes mirobolantes - que dans le secteur financier où l’on se figure un salaire médian plus élevé. Ainsi, la publication du ratio de rémunération (mesure qui va également rentrer en vigueur en Grande-Bretagne) peut tout à fait se justifier, mais il faudra bien prendre en compte les différents facteurs entourant ces données et les modalités de calculs pour les interpréter comme il se doit.  

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