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Brexit / Hard Brexit

Brexit : les banques ont dépassé le point de non-retour

Si Theresa May a réuni hier soir son cabinet pour leur annoncer l'imminence d'un accord avec l'UE sur le Brexit, les institutions financières ont malgré tout dû se préparer à l’éventualité d’une sortie désordonnée du pays et exécutent désormais leurs plans en fonction de ce cas de figure.
Londres
Londres

Le conseil européen du 17 octobre prochain suivi du sommet de la zone euro le lendemain seront déterminants pour l’issue des négociations sur le Brexit : car cette date est considérée comme l’ultime deadline pour parvenir à un accord susceptible de respecter le déroulé du calendrier établi depuis le déclenchement de l’article 50. Selon les informations du Financial Times, Theresa May aurait d'ailleurs réuni hier son cabinet restreint pour leur annoncer qu'un accord avait été trouvé et qu'elle allait accepter le mécanisme de backstop proposé par l'UE concernant la frontière irlandaise.

Quelle que soit l’issue de ces négociations de la dernière chance, les banques et institutions financières se sont toutes préparées à l’éventualité d’une sortie désordonnée. Et sont progressivement en train d’appliquer leurs plans d’exécution en fonction de ce scénario. Ainsi, selon une note publiée par S&P sur le sujet, "certaines banques ont dépassé le point de non-retour et sont en train d’exécuter leurs plans, tels que la fusion transfrontalière de leurs entités juridiques ou l’établissement d’entités supplémentaires dotées d’agrément sur le Vieux Continent". Car le principal souci des institutions financières est de limiter les risques liés au Brexit, ce que les discussions politiques des douze derniers mois n’ont pas permis d’éclaircir. D’où la décision d’une grande partie d’entre elles de se préparer au pire.

Pour S&P cependant, le scénario central demeure celui d’un "Soft Brexit", où les parties finiraient par s’accorder avec un accord sur une période de transition jusque fin 2020. Ce qui permettrait à tous les acteurs de se préparer et notamment les banques, qui disposeraient de plus de temps pour exécuter leur stratégie Brexit. L’agence, plutôt optimiste, estime par ailleurs que même en cas de "no deal", des politiques visant à limiter les conséquences d’une sortie sans accord, telles que la mise en place d’un régime d’équivalence temporaire pour les infrastructures de marchés financiers et les produits dérivés pourraient être mises en place.

Quelle seraient cependant les banques les plus impactées ? Celles de Grande-Bretagne selon S&P. Car si celles-ci disposent de bilans solides et de réserves de capitaux importantes, elles pourraient pourtant ne pas supporter le choc macroéconomique d’une sortie sans accord. Un "Hard Brexit" entraînerait en effet un fort ralentissement de la croissance du pays, une hausse du niveau de chômage, et une forte réduction des investissements des entreprises et des dépenses de ménages. Ce qui entraînerait une hausse du nombre de faillites des entreprises et particuliers, et pèserait donc sur la qualité du collatéral des banques du pays. Les banques de plus petite taille, particulièrement tournées vers le marché domestique, seraient les plus impactées. 

Mais les plus grosses banques du pays qui réalisent une partie importante de leur activité à l’international seraient également affectées, du fait du changement de régulation induit par le Brexit, et en particulier la perte du passeport européen. Selon S&P, HSBC et Barclays seraient les plus touchées, du fait de l’importance de leur activité dans l’UE. Si ces dernières ont déjà bien avancé dans leur plan de relocalisation, le processus pour obtenir une autorisation légale reste long et pourrait ne pas avoir été réalisé à temps au moment de la sortie, les contraignant à suspendre temporairement une partie de leur activité.

Quid des banques internationales basées à Londres et utilisant la place britannique comme pont vers l’UE pour commercialiser leurs services ? Selon S&P ces dernières ont intégré depuis début 2017 qu’il leur faudrait obtenir des licences supplémentaires ou élargir celles dont elles disposent déjà pour continuer à vendre leurs services dans l’UE ; mais en plus de ces demandes d'agréments, ces banques devront aussi modifier les contrats de certains de leurs clients, en raison du changement réglementaire induit par le Brexit, dévoiler des informations supplémentaires auprès des autorités financières des pays où elles auront ouvert une nouvelle filiale, gérer le redéploiement RH de la relocalisation de leur personnel ou encore obtenir des autorisations légales en cas de fusion de structures existantes, souligne S&P. Un travail colossal donc, mais sur lequel les plus grandes institutions financières ont déjà bien avancé, temporise S&P. Les villes de relocalisations ont déjà été choisies, les discussions pour obtenir les agréments sont en cours... Si les banques parviennent à appliquer leur plan d'exécution de manière ordonnée et dans les temps, le risque de downgrading est donc faible, souligne l'agence. 

Les banques de l'UE enfin, qui détiennent des branches à Londres, ne devraient pas être trop affectées non plus, selon l'agence de notation. D'une part parce que Londres semble accepter l'idée de permettre aux entités européennes déjà actives dans le Royaume Uni de bénéficier d'un régime de permis temporaire. Un sujet devrait cependant poser problème aux banques de l'UE post-Brexit : historiquement, les institutions financières du Vieux Continent ont plutôt émis des instruments éligibles au MREL (minimum de fonds propres et passifs éligibles), un dispositif d'absorption des pertes afin de constituer un matelas de ressources utilisables en cas de recapitalisation, selon le droit britannique ou américain. Mais une fois la Grande-Bretagne sortie de l'UE, la loi du pays deviendra celle d'un pays tiers, et les instruments émis par les banques ne resteront éligibles au MREL que si les autorités de résolution de l'UE considèrent que c'est le cas. "La plupart des banques n'ont ajouté des clauses spécifiant l'éligibilité de leurs instruments selon la loi européenne que très récemment. Ce qui signifie qu'un grand nombre d'instruments risque de ne plus être éligible post-Brexit", explique ainsi l'agence de notation. Un arrangement temporaire permettrait de mitiger ce risque dans un premier temps. Mais les banques de l'UE devront prendre en compte ce critère afin de se préparer au mieux au Brexit. 

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