Macro-économie / Taux / Brexit / Theresa May
Macro-économie / Taux
Brexit / Theresa May
Brexit : Theresa May dans un corner
Une réunion express entre Michel Barnier et le secrétaire d’Etat au Brexit Dominic Raab hier soir a abouti à ce que tous les partenaires européens redoutaient : la suspension des négociations à trois jours d’un sommet crucial où la Grande-Bretagne devait présenter un compromis susceptible d’être adopté en novembre. Or le secrétaire d’Etat au Brexit a annoncé que vu les dissensions politiques au sein du gouvernement comme de Westminster, le mécanisme prévu par l'UE pour éviter le rétablissement d’une frontière physique en Irlande n’était pas acceptable en l’état. Immédiatement après ces déclarations, la réunion des ambassadeurs des 27 États de l’Union européenne qui devait se tenir aujourd’hui a été annulée, et les négociations suspendues jusque mercredi soir, lorsque débutera le sommet sur le Brexit.
Il n’y a donc plus beaucoup d’espoir pour qu’un deal soit trouvé en fin de semaine, malgré l’élan d’optimisme qui avait prévalu ces deux dernières semaines au Royaume-Uni. Theresa May est en effet sortie plutôt renforcée du Congrès annuel du parti conservateur, où elle avait appelé ses ministres et partisans à l’unité, et à soutenir son programme de Chequers, le seul tenable selon elle. Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères irlandais Simon Coveney et responsable des sujets liés au Brexit avait de son côté déclaré début octobre que les deux parties étaient d’accord sur 90%. Les 10% résiduels portant uniquement sur la question irlandaise. Question qui devrait pourtant faire capoter cet ultime round de négociations, et dont la Première ministre ne devrait pas parvenir à se dépêtrer lors du sommet.
Rappelons que le débat porte sur le fameux backstop ou outil permettant d’éviter de rétablir une frontière physique entre l’Irlande du Nord et du Sud et prévu dans le compromis de décembre 2017 auquel les 27 et le Royaume-Uni avaient abouti. Ce mécanisme prévoit qu’une frontière soit rétablie en mer d’Irlande afin d’assurer un échange des produits le plus fluide possible entre les deux États. Mais la Première ministre britannique avait rapidement annoncé après l’accord de décembre, qu’elle comptait proposer une solution alternative, celle proposée par l’UE suscitant l’opposition du DUP le parti d’Irlande du Nord unioniste. Parti essentiel pour Theresa May puisque c’est grâce à lui qu’elle dispose encore de la majorité au Parlement. Sauf que depuis, aucune des solutions proposées par la Première ministre n’a été acceptée par Bruxelles. Dans son programme de Chequers, dévoilé en juillet dernier, Theresa May avait ainsi suggéré de mettre en place dans un premier temps, un "accord douanier simplifié" : le Royaume-Uni collecterait les droits de douane sur les biens entrant sur son territoire à destination de l’UE et appliquerait ses propres taxes sur ses importations en provenance de pays tiers. Un dispositif qui aurait permis d’éviter l’instauration de contrôles à la frontière entre les deux Irlande. Mais que l’UE a rejeté peu de temps après avoir été présenté par la Grande-Bretagne. Les négociations pourraient donc bien échouer et entraîner un Hard Brexit en simple raison de la question irlandaise.
A Bruxelles, hauts fonctionnaires et diplomates n’ont plus grand espoir que Theresa May parvienne à trouver un compromis en interne d’ici mercredi, vu les déclarations de son propre secrétaire d’Etat au Brexit hier soir. Au point que le sommet du 17 et 18 novembre, qui était initialement censé permettre de finaliser les termes du futur accord commercial entre le Royaume-Uni et l’UE, pourrait finalement être l’occasion pour l’UE de présenter sa feuille de route sur le Hard Brexit ; telles sont en tout cas les informations dévoilées par le Guardian ce matin, après l’annonce de la suspension des discussions. Le Président français avait de toutes les façons prévenu qu’il n’assisterait pas au sommet sur le Brexit de novembre si aucun progrès sur la frontière irlandaise n’avait été réalisé en octobre.
L’effet "Dancing Queen" de la Première ministre britannique, arrivée sur l’estrade du Parti conservateur en dansant sur la musique d’Abba aura été de courte durée. Et la confiance apparente de la Theresa May lors du Congrès conservateur ne lui aura pas permis de surmonter les dissensions internes au sein de son parti et de sa majorité. Son ancien secrétaire d’Etat au Brexit David Davis a d’ailleurs appelé les ministres à prendre leur responsabilité et "exercer leur autorité collective" afin "d’étouffer" le plan de sortie de la Première ministre. Toujours selon le Guardian, neuf ministres seraient effectivement prêts à faire entendre leur opposition. La Première ministre, qui s’accroche à son fauteuil depuis le début des négociations et malgré plusieurs échecs politiques répétés (dont l’organisation d’élections anticipées qui lui ont fait perdre la majorité) pourrait cette fois abandonner le navire.
Sachant qu’à Westminster aussi, la révolte des députés mécontents grandit. Et les MP pourraient finir par demander sa démission. Selon le règlement interne de son parti, un vote de défiance a lieu si 15% des députés conservateurs, soit 48 MP, font parvenir au président du Comité des conservateurs d’arrière-ban du 1922 un courrier demandant une motion de censure. Cinq MP ont pour l’instant publiquement annoncé avoir envoyé un tel document à sir Graham Brady, le président du Comité. Mais une trentaine d’autres députés aurait fait de même en privé, selon la presse du pays. Si le nombre de députés demandant une motion de censure est atteint, le président du Comité doit alors organiser un vote de censure à l’encontre de Theresa May. Il suffirait alors d’une majorité simple de 159 députés pour évincer la chef du parti et Première ministre...
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

