Politique économique / Portugal / Italie
Politique économique
Portugal / Italie
Le Portugal qui rit, l'Italie qui pleure
A la différence de la Grèce ou du Portugal, l'Italie n'a jamais dû demander l'aide de l'UE au moment de la crise de la dette en 2011-2012. Et le pays a échappé de peu au même sort que ses voisins du Sud, grâce à un programme d'austérité mené de main de maître par le Premier ministre de l'époque Mario Monti. Un plan de réduction des dépenses de 60 milliards d'euros sur trois ans, accompagné de réformes structurelles, qui auraient presque permis à la Botte de redresser la barre, passé le choc des premières années de rigueur. La croissance italienne a d'ailleurs progressé passant de 0,9% en 2016 à 1,5% en 2017, tandis que son déficit diminuait, passant de 3% du PIB en 2014 à 1,9% en 2017.
L'arrivée d'un gouvernement populiste composé du Mouvement Cinq Etoiles et de la Ligue du Nord, dont le programme économique consiste à dépenser sans se soucier de l'équilibre budgétaire du pays, risque pourtant de mettre à bas les maigres progrès réalisés par l'Italie depuis 2011. Le gouvernement a ainsi renvoyé sa copie budgétaire à Bruxelles en maintenant sa prévision de déficit à 2,4% du PIB pour l'an prochain, contre les 0,8% auquel le précédent gouvernement s'était engagé, et malgré les avertissements répétés de la Commission.
Si un déficit situé à 2,4% du PIB reste en-deçà des 3% visés dans le traité de Maastricht, comme les représentants politiques italiens le répètent pour défendre leur budget, il n'en reste pas moins que Rome viole une autre règle moins connue du pacte de stabilité et de croissance: celle de réduire son déficit structurel d'au moins 0,5 point de PIB. Celui de l'Italie devrait grimper de 0,8 point de PIB l'an prochain !
Il est donc peu probable que la Commission soit clémente vis-à-vis du programme budgétaire de l'Italie, alors que Bruxelles essaye justement de retrouver sa crédibilité sur le sujet. Le Comité budgétaire européen, censé exercer un contrôle extérieur sur les actions de la Commission a rendu un rapport très critique, estimant que Bruxelles avait été beaucoup trop laxiste avec certains Etats...La Commission pourrait donc rejeter la copie italienne d'ici deux semaines et contraindre le gouvernement à revoir ses dépenses à la baisse.
Pendant ce temps, un autre ancien Etat périphérique, qui lui avait dû demander l'aide de l'UE en 2011, se démarque au contraire par son exemplarité budgétaire. Le Portugal a ainsi annoncé en milieu de semaine qu'il rétablirait son déficit à hauteur de 0,2% du PIB l'an prochain, contre 0,7% du PIB cette année. Un record historique pour un pays, qui, il y a six ans, était au bord de l'asphyxie, et qui, grâce aux réformes mises en place en échange du programme d'aide accordé par l'UE et le FMI, est parvenu à redynamiser son économie. La croissance du pays devrait ainsi atteindre 2,3% cette année et 2,2% l'an prochain et le taux de chômage continuer de diminuer en passant de 6,9% à 6,3% l'an prochain. Soit un niveau bien inférieur à celui de l'Italie (actuellement situé à 10,9%) et même de certains pays "core" de l'Europe, dont la France.
Moody's a d'ailleurs salué les remarquables progrès du Portugal en relevant sa note de crédit d'un cran, à Baa3 et en passant sa perspective de négative à stable. "Notre décision reflète le fait que la dette du pays devrait continuer de diminuer progressivement (ndlr. elle a baissé de 4,5 points de pourcentage l'an dernier), grâce à l'excédent primaire soutenable et une croissance économique forte", a ainsi affirmé l'agence, lors de la publication du nouveau rating portugais. Preuve que les réformes, lorsqu'elles sont mises en place avec sérieux et détermination, sont payantes.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

