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Brexit : Paris est-il en train d'emporter l'activité de gestion et d'investissement ?
Paris a remporté une victoire de plus la semaine dernière dans la course pour récupérer une partie de la finance britannique post-Brexit. La banque californienne Wells Fargo a ainsi annoncé avoir déposé une demande de licence auprès des autorités françaises pour s’installer à Paris. Ce n’est pas la première banque qui postule pour relocaliser une partie de ses activités dans la capitale française post-Brexit. Il y a un an déjà, Citigroup avait fait une demande pour ses activités de trading et début septembre, Nomura aurait fait une requête similaire, même si l’information n’a pas été confirmée. Cet été, on estimait à 4.000 le nombre d’emplois dans la finance qui pourraient être transférés de Londres à Paris en conséquence d’un Brexit dur. Et les demandes s'accélèrent depuis le mois de septembre, alors qu'il reste moins d'une demi-année avant la date prévue de sortie du pays de l'UE, le 30 mars 2019.
En cas de Hard Brexit, et même si le Royaume-Uni et l'UE s'entendent sur un compromis, les banques, sociétés de gestion et d'investissement du Royaume-Uni perdront le fameux passeport européen, qui leur donnait accès au marché du Vieux Continent sans avoir besoin d'agrément préalable. Or si certaines financières britanniques ou internationales - qui utilisaient Londres comme point d'entrée pour l'Europe - avaient préféré attendre que les discussions s'éclaircissent avant de prendre une décision pour se réimplanter, nombreuses sont celles qui sont désormais passées à l'acte. "Depuis le référendum sur le Brexit, les clients étaient dans l'attente de savoir comment les choses allaient évoluer et avaient seulement mis en place des 'contingency plans'. Mais à partir de septembre, nombre d'entre eux ont décidé qu'il n'était plus possible d'avoir seulement un plan B mais qu'il fallait désormais le mettre en pratique", explique ainsi Hannah Rossiter, experte en compliance et réglementation au sein du cabinet de conseil en d’évaluation financière Duff & Phelps.
Quels avantages possède Paris en termes réglementaires pour attirer banques et sociétés de gestion londoniennes ? Le fait tout d'abord que les autorités du pays, AMF et ACPR, sont très proactives et impliquées pour faire venir les entreprises financières dans le pays. D'un simple point de vue pratique, tous les documents pour ouvrir une société de gestion en France et tout le process pour réaliser une demande d'agrément sont en anglais. Autre avantage de la France : des délais réduits pour obtenir l'agrément. Pour l'ACPR comme pour l'AMF ceux-ci ne dépassent pas six mois, et les dossiers peuvent même aller plus rapidement, notamment lorsqu'une société de gestion ou une société d'investissement a déjà une succursale avec des équipes et des infrastructures bien établies en France. "Environ un dossier sur deux que nous traitons concerne une demande d'agrément pour qu'une activité exercée en France à travers une filiale puisse se poursuivre au-delà du Brexit," explique encore Hannah Rossiter. Paris fait enfin valoir une excellente réputation pour les activités en matière de dérivés et de dérivés actions, ce qui aide aussi la capitale française à se démarquer des autres grandes villes financières telles que Francfort ou Amsterdam.
Le fait que les délais de traitement par l'AMF et l'ACPR tournent autour de six mois a en tout cas clairement accéléré le mouvement de demandes d'agrément depuis la rentrée de septembre, les sociétés de gestion et d'investissement se pressant pour obtenir la licence dans les temps. Car si la Grande-Bretagne sort sans accord, une option qui ne peut plus être totalement rejetée vu les maigres succès du sommet de la semaine dernière, le régime de passeport prendra fin dès le 1er avril au matin. Certes, si les Britanniques s'entendent avec l'UE et maintiennent une période de transition jusqu'en décembre 2020, les banques et sociétés d'investissement disposeront de 21 mois supplémentaires pour trouver une solution. Mais elles devront dans tous les cas obtenir une licence pour continuer d'exercer leurs activités dans l'UE. Car accord ou pas, il est certain que l'UE ne cèdera pas sur la perte du passeport européen.
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