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Politique économique
Xi Jinping / Donald Trump / wechat / réseaux sociaux / g20
La trêve sino-américaine, un enjeu de croissance... et de pouvoir
La seconde journée du G20 samedi s’est entièrement tournée vers la rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois, un duel qui signait la fin du programme officiel autour d'un dîner d'affaires. D’abord, les bonnes nouvelles. Les États-Unis ont annoncé qu’ils renonçaient à porter de 10 % à 25 % les droits de douane sur 200 milliards de dollars de biens - comme ce qui était initialement prévu - et la Chine a accepté d’acheter davantage de produits agricoles américains. Avec cet accord, Xi Jinping évite une pression additionnelle sur une croissance légèrement en berne, tandis que le Président US atténue les revendications des États agricoles, Donald Trump étant déjà affaibli par les élections de mi-mandat qui ont amené une majorité démocrate à la chambre des représentants.
De quoi se féliciter modestement, le Président américain saluant “une réunion incroyable et productive, ouvrant des possibilités illimitées pour la Chine et les États-Unis”. Pourtant comme souvent, le diable se cache dans les détails. Car les mauvaises nouvelles maintenant : cet accord a ouvert une fenêtre de 90 jours pour négocier sur le commerce, la protection de la propriété intellectuelle ou encore les transferts technologiques. Si lesdites négociations n’aboutissent pas, le taux sera bel et bien relevé à 25 %. La décision de la Maison Blanche n’est finalement que suspendue.
La surenchère de droits de douane entre la Chine et les États-Unis depuis le printemps pèse déjà sur la croissance mondiale. Le FMI estime qu'à court terme, le PIB mondial pourrait être réduit de 0,75 % si les tensions commerciales devaient encore s'accroître. Pourtant ce ne sont ni les États-Unis, ni la Chine, qui en subissent et en subiront les conséquences les plus lourdes. D’après Chi Lo, économiste senior chez BNP Paribas basé à Hong Kong, “l’impact de cette guerre commerciale est le plus important en Corée, au Japon, en Malaisie, en Inde et aux Philippines. Il reflète leurs ventes de produits intermédiaires à la Chine, qui sont finalement destinés au marché américain”. De sorte à ce que les effets peuvent être relativisés pour Xi Jinping. L’enjeu se situant ailleurs.
Pour les deux plus grandes puissances mondiales, la menace la plus forte est bien celle de l’innovation et de la technologie. Selon Caroline Yu Maurer, responsable des plus importants investissements en Chine chez BNP Paribas et également basée à Hong Kong, “la compétition est essentiellement technologique [...] la Chine est actuellement en train de fortement monter en gamme dans le cadre de la stratégie Chine 2025, et renforcera de fait la production à haute valeur ajoutée”. Selon les dernières données de la Banque de la rue d’Antin, les dépenses chinoises de R&D seront plus importantes que celles des États-Unis et du Japon à la fin de l’année. D'autre part, alors qu'en 1970, la Chine comptait 300.000 diplômés annuels en science et ingénierie, ils sont désormais 8 millions, soit la population actuelle de Hong Kong. Le nombre de brevets chinois en propriété intellectuelle est passé de 3.251 en 2007 à près de 30.000 aujourd’hui. De quoi faire frémir l’Amérique, qui ne compte bien sûr pas laisser sa place.
Parmi les autres compétitions qui comptent, celle de la bataille médiatique. Le champion de Twitter Donald Trump, Président du pays où les réseaux sociaux ont été inventés, n’a lui, pas le contrôle de leur contenu. L’application mobile chinoise WeChat - l’équivalent de WhatsApp - est la seule app’ de messagerie autorisée en Chine et permet d’une part, un contrôle sans précédent sur ce qu’il se dit et s’échange, et d’autre part, elle est en train de constituer l’une des bases de données les plus importantes recensées, des datas évidemment précieuses pour le secteur privé et donc l’économie.
Par ailleurs, le gouvernement chinois a officialisé il y a peu un système de “crédit social” qui adjoint à chaque citoyen chinois une note comprise entre 0 et 5 et qui dépend de son “bon comportement dans la société”. De fait, la Chine peut écarter facilement les mauvais payeurs, punir les incivilités dans les transports et autre conduites sociales déplaisantes. De nouveau, ces masses de données sont collectées quotidiennement et alimentent le big data du pays. Rappelons que la Chine représente 1,3 milliard d’habitants en 2018, soit le double de la population européenne. Autrement dit, ce qui est communément appelé le Big brother, est probablement la première bataille que se livrent les deux plus grandes puissances en ce moment même.
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