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Climat : les investisseurs asiatiques à la traîne

Les investisseurs institutionnels sont de plus en plus conscients des risques présentés par le changement climatique et plus disposés à agir. Cependant, cette prise de conscience diffère selon les régions géographiques, avec un engagement relativement moins important dans la région Asie Pacifique.
Pékin - Chine
Pékin - Chine

“Chaque entreprise, chaque investisseur, chaque banque, qui affiche de nouveaux investissements pour le risque climatique est simplement pragmatique”. Ce sont les mots de Jim Yong Kim, l’actuel président de la Banque mondiale. “Une fois que le changement climatique sera un danger clairement présent pour la stabilité financière, il sera peut-être trop tard pour stabiliser l’atmosphère à deux degrés”. Ce sont ceux de Mark Carney, l’actuel gouverneur de la Banque d’Angleterre. Ces phrases chocs, prononcées par les plus grands dirigeants de la planète, ont encore peu d’impact du côté de la région asiatique. D’après une étude publiée par HSBC l’an dernier, 68 % des investisseurs avaient prévu d’investir sur des produits liés au climat ou low carbon. Les Européens et les Américains étaient en tête alors que l’Asie et surtout le Moyen-Orient se trouvent à la traîne.

Difficile d’imaginer Hong Kong, première place financière mondiale, poursuivre sa croissance quand le niveau de la mer aura augmenté de 8 à 16 mm par an sur les deux dernières décennies du XXIe siècle (prévision IPCC, 2013), qu’elle sera périodiquement menacée par des typhons (le dernier en date, Mangkhut a été ravageur) et inondations. La Chine est par ailleurs le plus grand émetteur de gaz à effet de serre (GES) en termes absolus - à hauteur de 23 % en 2016 - et le pays est désormais à la deuxième place en termes d’émission par habitant, derrière les US. Pour l’anecdote, si les Chinois possédaient autant de voitures que les Américains, ils brûleraient 80 millions de barils de pétrole par jour. C’est 25 % de plus que la production quotidienne mondiale.

Lors de la signature de l’accord de Paris, la Chine s’est engagée à réduire ses émissions de 60-65 % d’ici 2030 par rapport à ses niveaux de 2005 ; vise 20 % d’énergies non fossiles dans son mix énergétique (13 % en 2017) ; devra accroître significativement le volume de ses forêts. Des objectifs similaires avaient été annoncés en 2009 pour 2020, et à ce stade, deux d’entre eux ne devraient pas être atteints. Du côté du secteur public, la Banque asiatique de développement (BAD) a financé des projets liés au changement climatique pour 20 milliards de dollars entre 2011 et 2016, dont 17 milliards grâce à ses propres ressources. La Banque s’est donnée pour objectif d’atteindre un financement propre annuel de 6 milliards de dollars à partir de 2020. C’est moins d’un tiers de ses fonds propres sur l’année 2017.

Tous les effets physiques liés au climat entraînent des risques pour les investisseurs. En fonction de leur localisation, leur portefeuille d’investissement peut directement être affecté par des catastrophes climatiques grandissantes. Et outre avec les risques physiques auxquels ils sont désormais confrontés, les investisseurs dépendent de la réponse politique au changement climatique, parfois peu prévisible. Ce qui implique des risques politiques et réglementaires, de réputation, de responsabilité ou de contentieux. Pour ne citer qu’eux. Dans ce contexte, difficile de comprendre pourquoi un acteur rationnel refuserait de verdir ces investissements.

Du côté privé, en Chine, les informations disponibles sur ses activités de financement du développement international sont limitées, puisque ce type d’information est toujours considéré comme un secret d’État. Or, pour les détenteurs et les gestionnaires d'actifs, la qualité et la disponibilité d'informations pertinentes constituent l'un des principaux obstacles à l'intégration des questions climatiques dans les processus d'investissement (données WWF). En partie pour remédier à cette lacune, le groupe de travail du Financial Stability Board sur les informations financières à fournir relatives au climat (TFCD) a publié l’an dernier un rapport contenant des recommandations sur les informations financières relatives au climat applicables aux organisations de tous les secteurs et de toutes les juridictions.

En outre, en Asie, tous les marchés d’actions majeurs (et mineurs) encouragent ou exigent une forme de divulgation des critères ESG par les entreprises. Toutefois, seuls deux marchés de la région exigent une telle information de la part des fonds de pension et moins de la moitié l’exigent pour les gestionnaires de portefeuille. Compte tenu de l'importance du TFCD et de l'exposition déjà généralisée aux questions ESG sur ces marchés, les règles et les codes de gestion des fonds de pension dans la région pourraient intégrer la recommandation du TFCD à moyen terme. Mais rien n’est encore fait. Selon Jean-Marc Champagne, conseiller en finance climat chez WWF - Hong Kong, “les investisseurs devraient utiliser les outils existants et émergents pour évaluer le risque que leur portefeuille présente pour le climat, tâche qui pourrait devenir plus facile à mesure de la mise en œuvre des recommandations du TCFD”.

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