Politique économique / Emmanuel Macron / Réforme / budget 2019
Politique économique
Emmanuel Macron / Réforme / budget 2019
Le quinquennat Macron s’achève-t-il aujourd’hui ?
Un proverbe allemand l’assure : "Prince qui n’a pas d’oreilles pour écouter n’a pas de tête pour gouverner". Trop longtemps, Emmanuel Macron n’a pas voulu entendre ni écouter la colère des automobilistes. Car cette colère puise ses racines dans la mise en place autoritaire des 80 km/h. Ensuite il a fait fi des nombreuses alertes qui se manifestaient en octobre dernier à l’annonce de la hausse des taxes sur les carburants, et notamment sur le gazole, et aux nouvelles règles concernant le contrôle technique.
Jusque-là le problème restait circonstancié à "la bagnole" dont Georges Pompidou, le dernier Président de bon sens, répétait qu’il ne fallait pas y toucher, car c’est la seconde peau des Français. Et puis à force de ne pas être écoutés, les automobilistes ont sorti de leur boîte à gants leurs gilets jaunes. À travers ce mouvement ils ont très vite catalysé toutes les frustrations autour du pouvoir d’achat. Mais désormais le problème est bien pire. Puisqu’il y a dans le pays une énorme fracture populaire sur la question du "pouvoir de vivre" comme l’a dit Laurent Berger, le patron de la CFDT. Il y en a une autre entre les métropoles et la France des Territoires. Et le sondage publié ce matin par IFOP-Fiducial montre que qu’il y en a une troisième entre les dirigeants du pays (accusés par 89 % des Français de ne pas comprendre leurs préoccupations) et le Peuple.
Cette triple fracture a cassé le pacte républicain. À tel point qu’Emmanuel Macron ressemble à ce pauvre Albert Lebrun sortant fin 1944 du bureau du Général de Gaulle. Et alors que le libérateur de la France raccompagnait l’ex-Président de la République à la porte de la Rue Saint-Dominique, il pensait dans sa tête "pour qu’il prétende être Chef de l’État, encore fallut-il qu’il fût un Chef et qu’il y eut un État".
Le Premier Ministre annonce donc aujourd’hui la suspension (donc provisoire) de la hausse des taxes sur les carburants. Cela prouve que nos dirigeants qui ont travaillé à l’Élysée toute la nuit sur une sortie de crise n’ont rien compris. Ils n’ont pas vu les tags sur les murs de Paris : "Monsieur Macron, devenez le Président des pauvres". Ils n’ont même pas lu la chronique courageuse de Philippe Aghion dans le Monde d’hier soir proposant trois pistes pour une sortie de crise.
En cédant trop peu et trop tard, Emmanuel Macron se tire une balle dans chaque pied. D’abord parce qu’il a fondé son mandat sur la promesse de réformer sans jamais rien céder (c’est son côté Jupiter). Ensuite parce que cette concession est bien trop mince pour faire rentrer dans le tube de dentifrice toute la colère qui agite le Pays. De fait, c’est toute la suite de son quinquennat qui est aujourd’hui menacée. À commencer par la réforme des retraites, par la nécessaire réduction de la dépense publique, par sa volonté de faire du Pays une "start-up nation", par son projet d’une nouvelle Europe autour de l’axe franco-allemand. Sauf à se trouver relégitimé par un référendum. Ce que le Général de Gaulle n’a pas pu obtenir après mai 1968. Car les Français ne s’expriment jamais en fonction du texte, mais du contexte. Il ne lui reste donc plus qu’à inaugurer les chrysanthèmes et assister aux grands sommets internationaux. Et tout cela pendant 42 mois… Pour lui c’est dommage. Mais pour la France, c’est très grave !
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