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Italie / BCE / fonds de relance européen / Réforme
Draghi aux commandes
Mario Draghi a donc obtenu hier sans difficulté la confiance des sénateurs italiens, à une large majorité de 262 élus, 40 seulement ayant voté contre le gouvernement du nouveau Premier ministre. Il devrait de nouveau emporter l'adhésion des députés de la Chambre basse cet après-midi, à qui il présentera son programme pour réformer le pays. L'habileté et la diplomatie de l'ancien président de la BCE lui ont en effet permis d'obtenir le soutien politique de tous les membres de la majorité qui soutenaient l'ancien Premier ministre Giuseppe Conte, mais aussi du parti de Silvio Berlusconi Forza Italia et de la formation d'extrême droite La Ligue. Formation dont Mario Draghi a exigé qu'elle s'engage à soutenir une vision pro-européenne. Le soutien du Mouvement 5 Etoiles à Mario Draghi a entraîné la scission du parti au sein du Parlement italien, mais sans que cela ne remette en cause la majorité du Premier ministre. Finalement, seul Fratelli d'Italia a refusé de s'allier à l'ancien chef du gouvernement, qui sera donc parvenu à convaincre la quasi-totalité de la classe politique du pays en un temps record.
Quels sont les principaux aspects du programme économique présenté par Mario Draghi devant le Sénat hier ? Mario Draghi s'est engagé à "reconstruire son pays comme au lendemain de la seconde guerre mondiale", une comparaison judicieuse alors que l'Italie a connu l'an dernier le plus fort recul de son PIB depuis 1945, de 8,8%, soit l'une des pires performances de l'UE (derrière l'Espagne et la Grèce). Après avoir promis d'accélérer la campagne de vaccination, le premier ministre s'est surtout efforcé de dévoiler les réformes nécessaires au déboursement des fonds européen issus de l'instrument de relance Next generation EU. À ce titre, Mario Draghi a fait le choix judicieux d'attribuer les portefeuilles clefs pour obtenir les versements de Bruxelles, à des techniciens, fins connaisseurs des enjeux économiques du pays.
Ainsi, c'est l'ancien président de la Banque d'Italie, Daniele Franco qui a obtenu le ministère de l'Economie, et sera donc chargé de veiller à l'évolution des dépenses publiques de l'Italie. Un enjeu de taille puisque la dette du pays, qui a atteint 158% du PIB l'an dernier, contre 134,8% en 2019 devrait culminer autour de 159% du PIB cette année selon les estimations de Barclays. C'est par ailleurs l'ancienne présidente de la Cour constitutionnelle Marta Cartabia qui est à la tête du ministère de la justice, un domaine où l'Italie a encore du travail à faire, en particulier dans le sud du pays. L'ancien président de Vodafone Vittorio Coalo a de son côté été désigné pour diriger le ministère de la transition numérique, autre aspect essentiel du plan de relance, puisque le développement du numérique fait partie des trois piliers du EU Recovery Fund. Enfin, Leandro Spa, ancien directeur de l'Institut Technologique, a pris les rênes du nouveau ministère de la transition écologique, qui constitue aussi l'un des piliers de la relance européenne.
Le nouveau gouvernement a désormais jusqu'au 30 avril pour présenter son plan de réformes à Bruxelles, qui lui permettra, s'il est validé, d'obtenir le premier pré-versement de l'enveloppe totale attribuée à l'Italie, de 209 milliards d'euros (soit 12% du PIB du pays en 2019). Pour obtenir le feu vert de la Commission, le plan de relance devra prouver que 37% d’investissements du pays sont dédiés à l'environnement et 20% à la transformation numérique de l'Italie. Un défi pour le pays qui a de mauvais antécédents en matière d'absorption des fonds structurels de l'UE. "Les données historiques sur les fonds italiens issus du Fonds structurel et d'investissement européen indiquent que l'Italie a eu du mal non seulement à absorber l'argent disponible, mais aussi à présenter suffisamment de projets pour l'allocation des ressources", explique ainsi Ludovico Sapio, économiste chez Barclays. En 2020, l'Italie n'avait ainsi utilisé que 40% de l'enveloppe de 2014-2020.
Le fonds de relance européen représente en tout cas une opportunité unique pour Mario Draghi de réformer le pays, de son système judiciaire opaque et lent, à la lourdeur de son administration, qui pénalise les entrepreneurs du pays, en passant par la réforme de son système fiscal (l'Italie est un des pays où les charges salariales sont les plus élevées, tandis que les ressources de la TVA sont très mal exploitées). Vu le soutien politique dont jouit pour l'instant le nouveau Premier ministre et le contexte de relance budgétaire plus propice à susciter le soutien populaire, Mario Draghi jouit d'importantes marges de manoeuvre pour transformer son pays.
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