Banques / Banque de France / Sylvie Goulard / Ivan Odonnat
Banques
Banque de France / Sylvie Goulard / Ivan Odonnat
Les quatre risques financiers français
Ce matin à la Banque de France, la sous-gouverneur Sylvie Goulard et le directeur général adjoint Ivan Odonnat ont présenté conjointement les risques financiers français décelés au cours du second semestre de l’année. Il n’y a pas eu de réelles surprises, et le risque climatique continue d’être ignoré par les plus grands régulateurs.
La Banque des banques a identifié, au titre des six derniers mois, quatre principaux risques qui pèsent sur la stabilité de l’économie française. Tout en haut de la liste se place bien sûr le risque de marché, du fait des incertitudes grandissantes sur les marchés mondiaux - le protectionnisme américain, la situation politique italienne et le Brexit côté Europe et la vulnérabilité financière des pays émergents, pour ne citer que ceux-là -, et ce malgré les épisodes récents de correction. “Les valorisations des actifs financiers conservent un niveau élevé, à la fois sur les marchés d’actions et les marchés d’obligations, en lien avec notamment l’environnement de taux d’intérêt bas et l’appétence des investisseurs”, conclut le rapport. Le ratio cours boursier sur bénéfice poursuit sa tendance haussière, particulièrement depuis 2016, et les auteurs s’attendent de fait à une correction proche.
Le second risque financier tient à l’endettement du secteur privé, assorti par ailleurs d’une perspective de hausse sur le prochain semestre. “Le taux d’endettement cumulé des sociétés non financières (SNF) et des ménages atteint 132,2 % du PIB au second trimestre 2018. Si l’on ajoute la dette publique, on atteint alors 231,2 % du PIB au titre de l’année 2018”, conclut Sylvie Goulard. Près de la moitié de la dette des SNF est adossée à des taux variables, les rendant “à la merci d’une éventuelle hausse brutale des taux”. Concernant la dette des ménages, l’inquiétude vient de l’assouplissement récent des critères d’octroi, qui nécessite une vigilance forte et potentiellement l’intervention des autorités si la tendance se poursuit.
En troisième position, le risque de taux d’intérêt, lié à la fragmentation du marché des dettes souveraines en euros. La hausse des taux d’intérêt, au cœur du second risque, est aussi le point central du troisième. Car une remontée brutale pourrait avoir pour conséquence un écartement des spreads de crédit, et affecter “l’équilibre actif/passif” des institutions financières. Le rapport fait d’ailleurs un zoom sur l’écartement marqué des spreads de crédit en Italie par rapport aux taux allemand, “qui pour l’instant n’a pas entraîné de contagion notable à d’autres pays de la zone euro, mais pourrait affecter les conditions de financement des agents privés italiens”.
Le quatrième et dernier risque identifié par les experts de la Banque de France tient aux changements dits structurels du secteur financier. En premier lieu, la digitalisation, la maîtrise des coûts, la compliance, la concurrence non bancaire, la recherche de rentabilité et de nouveau, l’environnement de taux d’intérêt bas.
En conclusion, rien n'indique un risque systémique. Conformément aux résultats des derniers stress tests de l’EBA qui ont confirmé la qualité de l’actif et la solvabilité des banques françaises, la Banque de France note “les efforts d’adaptation et de transformation et les risques induits qui sont dans l’ensemble maîtrisés”. Aucun scoop révélé ce matin donc, ce qui est peut-être lié au rythme de publication dudit rapport. Comme le note Sylvie Goulard “au risque de vous décevoir, c’est peut-être là la faiblesse de la haute périodicité du rapport. S’il y avait eu un scoop sur ces derniers mois, vous l’auriez su car nous aurions tout mis en œuvre pour exclure le potentiel risque de la sphère financière”. “Ce n’est pas une série particulièrement à suspens, même si on attend l’épisode suivant”.
Quant au risque climatique, rien n’est mentionné à ce sujet dans le rapport. En revanche, la sous-gouverneure a annoncé que le Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS), mis en place lors du sommet international sur le climat (One Planet Summit) qui a eu lieu à Paris le 12 décembre 2017, devrait publier son premier rapport au cours des six premiers mois 2019.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

