Politique monétaire / BCE / François Villeroy de Galhau / Benoit Coeuré
Politique monétaire
BCE / François Villeroy de Galhau / Benoit Coeuré
Le Gouverneur de la Banque de France s’inquiète des taux négatifs
François Villeroy de Galhau, le Gouverneur de la Banque de France, participait vendredi à un séminaire à Lisbonne organisé par la Banque du Portugal sur les défis de la zone euro à l’aube de 2019. Bien sûr les dépêches de presse ont repris ses commentaires acérés sur la conjoncture économique en essayant de guetter des signes de divergence sémantiques avec les autres dirigeants de la BCE. Sans y parvenir !
Mais dans son discours François Villeroy de Galhau s’est autorisé une petite digression sur les taux d’intérêt négatifs. "S’agissant des taux d’intérêt, a-t-il déclaré, j’ai souvent souligné dans le passé l’utilité mais également les limites évidentes des taux négatifs… Ils sont difficiles à faire accepter par les ménages et les PME et donc en pratique, il est impossible de les répercuter sur eux". Avant d’ajouter : "Beaucoup pensent que s’ils sont maintenus trop longtemps, ils pèseront négativement sur la rentabilité de l’intermédiation financière et seront susceptibles de nuire à la bonne transmission de la politique monétaire." Conclusion du Gouverneur : "Si nous devions utiliser les taux négatifs durant une période plus longue, nous devrons examiner de façon pragmatique comment atténuer les effets négatifs qu’ils seraient susceptibles d’exercer sur la transmission de notre politique monétaire."
Il y a deux éléments importants dans cette parenthèse faite au milieu d’un discours de dix pages. D’abord le Gouverneur de la Banque de France, qui participe, de fait, aux travaux de la BCE, est également le garant du bon fonctionnement du système bancaire français. Or les taux négatifs, pratiqués sur une échelle temps trop longue, comme cela commence à être le cas, pèsent sur la rentabilité des banques. Or actuellement s’agissant des taux français à deux ans ils s’établissent à – 0,45 %, des taux à trois ans, à – 0,36 %, des taux à quatre ans, à – 0,24 % et des taux à cinq ans, à – 0,10 %.
Le second élément est que cela nuit à la transmission de la politique monétaire. Ce qui doit donc conduire, le cas échéant à considérer de manière pragmatique la manière d’atténuer ces effets négatifs. Ce qui rejoint les propos récemment tenus à New York par Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE sur l’éventualité d’avoir recours à une nouvelle TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operations).
En fait tout dépendra du scénario économique au cours des six mois à venir. À lire la prose de François Villeroy de Galhau, on mesure qu’au-delà des incertitudes actuelles - tarifs douaniers, Brexit, gilets jaunes, baisse du niveau du Rhin… - un rebond conjoncturel devrait intervenir à la fin du printemps. Quant aux marchés ils n’anticipent toujours pas de hausse des taux en Europe avant le printemps 2020.
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