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Politique économique / Banque de France / Allemagne / François Villeroy de Galhau

Politique économique
Banque de France / Allemagne / François Villeroy de Galhau

France-Allemagne : 1 à 0, selon François Villeroy de Galhau

Le gouverneur de la Banque de France prévoit qu'en 2019, pour la première fois depuis 2006 (et à l'exception de 2009), la croissance de l'Hexagone sera supérieure à celle de l'Allemagne. Le début d'une remise en cause du fameux modèle allemand ?
Emmanuel Macron - Angela Merkel - France - Allemagne
Emmanuel Macron - Angela Merkel - France - Allemagne

Cocorico ! Ce matin, lors du Forum de Davos, le gouverneur de la Banque de France affirmait que selon ses prévisions, la croissance de l'Hexagone pourrait cette année être supérieure à celle de l'Allemagne, pour la première fois depuis très longtemps. Selon François Villeroy de Galhau en effet, l'économie française devrait certes ralentir en 2019, mais relativement moins que les autres pays, et notamment l'Allemagne. Au même moment, un article du Handelsblatt révélait que le gouvernement outre-Rhin devrait dévoiler mercredi prochain ses prévisions de croissance révisées, revues à la baisse de 1,8 % à 1 % pour cette année. La Banque de France, elle, prévoit 1,5 % de hausse pour l'Hexagone.

Si les anticipations du gouverneur sont justes, la France ferait mieux que sa grande rivale économique pour la première fois depuis 2006. Hormis le plongeon de la croissance allemande en 2009, où le PIB du pays s'était contracté de plus de 5,5 % contre une baisse de près de 3 % pour celui de la France, l'Allemagne surperforme donc la France depuis 12 ans. Et à un rythme nettement supérieur puisque depuis le creux du second trimestre 2009 et jusqu’à fin 2017, le PIB allemand a progressé de 18 % contre 9,9 % pour la France.

Faut-il donc conclure du net ralentissement allemand annoncé pour cette année, que la France va redevenir le moteur de l'Europe ? Il ne faudrait point crier victoire trop tôt. Du point de vue des finances publiques tout d'abord, l'Allemagne reste une bien meilleure élève que l'Hexagone, avec une dette qui pourrait passer sous les 60 % l'an prochain selon l'OCDE et un excédent budgétaire de plus de 1 % du PIB. La dette française, elle, frôle les 100 % et notre déficit devrait repasser au-dessus des 3 % cette année. Et si le ministère du Travail a annoncé ce matin que le taux de chômage français avait reculé de 0,2 % l'an passé, le niveau reste bien supérieur à celui de l'Allemagne, de 9,1 % contre 3,7 % outre-Rhin.

Le point fort de l'économie allemande, à savoir son modèle exportateur, pourrait cependant s'avérer une faiblesse, si la guerre commerciale se poursuit et s'enlise cette année ; car les exportations du pays représentent 44 % de son PIB, contre 32 % pour la France, le plaçant en troisième position des exportateurs mondiaux, selon le classement de l'OMC, contre la 7ème place seulement pour la France. L'ouverture de l'économie allemande la rend donc bien plus vulnérable aux chocs extérieurs que la France, comme l'a d'ailleurs montré l'effondrement de son PIB au moment de la crise de 2008. Il est donc certain que l'Allemagne a davantage souffert du ralentissement des échanges mondiaux l'an passé et devrait continuer de pâtir du protectionnisme en 2019.

Pourtant, selon Julien Manceaux, économiste chez ING, l'écart de croissance prévu pour cette année entre les deux pays tient plutôt au retard du gouvernement et des institutions de l'Hexagone à revoir leurs chiffres. Car selon lui, la France aura beaucoup de mal à atteindre 1,5 % de hausse en 2019, et encore moins 1,7 % comme le prévoit le gouvernement. "Le quatrième trimestre 2018 ne va pas être très bon et le premier trimestre 2019 non plus. L'effet de base est donc très négatif et va peser sur la croissance française cette année", explique l'analyste. Certes, le PIB devrait se reprendre aux deuxième et troisième trimestres, notamment grâce aux mesures de soutien annoncées par le gouvernement en fin d'année dernière. Selon le gouverneur de la Banque de France, ces 15 milliards d'euros de nouvelles dépenses devraient ainsi soutenir les revenus réels des Français, qui pourraient progresser de 1,5 % cette année. Mais cela ne suffira sans doute pas à compenser l'acquis de croissance négatif de fin d'année dernière et de début 2019, selon Julien Manceaux. "Il n'est pas du tout exclu que la croissance française et celle de l'Allemagne se retrouvent toutes les deux autour de 1,1 % ou 1,2 % cette année", conclut l'analyste. La France ne devrait en tout cas pas faire moins bien que l'Allemagne, pour une fois.

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