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Air France-KLM / Benjamin Smith

Air France-KLM : les fiertés nationales en question

Le gouvernement néerlandais a acheté par surprise 12,68 % du capital d’Air France-KLM et veut monter à 14,3 % - niveau de la participation de l’État français – pour soutenir le patron de KLM humilié par celui du groupe, mais surtout pour des questions de fierté nationale.
Air France
Air France

Pour 680 millions d’euros, l’État néerlandais a donc porté sa participation au capital d’Air France-KLM au niveau de 12,68 %. De surcroît le gouvernement batave a prévenu le gouvernement français une heure seulement avant d’avertir la presse. Et ce n’est pas fini. Puisqu’a priori les Néerlandais veulent encore monter au capital jusqu’à 14,3 % qui est le niveau de la participation de l’État français dans la compagnie aérienne.

Pourquoi cette soudaine crise d’urticaire de la part des Pays-Bas. La première raison tient aux fortes tensions qui viennent d’intervenir sur l'avenir du patron de KLM, Pieter Elbers, que Ben Smith, le Canadien nommé à la tête d’Air France KLM voulait changer de poste. Ce qui a provoqué un tollé au sein de KLM avec une pétition de soutien signée par une très grande majorité des salariés. Si bien que le conseil d'administration du groupe Air France-KLM a finalement proposé de le reconduire dans ses fonctions le 19 février.

Mais les Néerlandais ont jugé un peu injuste que l’on s’en prenne au patron de KLM alors que la compagnie batave a réalisé l’an passé 80 % des profits de l’ensemble du groupe avec seulement un tiers des salariés. Pendant ce temps-là, Air France perdait 400 millions d’euros dans le sillage de la grève de ses pilotes qui ont fini par obtenir la tête du patron du groupe.

La deuxième raison tient donc au réveil des fiertés nationales que l’on observe un peu partout dans le monde et pas seulement dans le sillage de la poussée populiste en Europe. Ce qui se passe avec Carlos Ghosn au Japon est principalement lié à une question de susceptibilité japonaise, même si l’ex-patron de Renault a fait quelques abus de confiance tout à fait répréhensibles. En fait l’origine de la crise entre Nissan et Renault remonte à 2016 lorsqu’Emmanuel Macron était ministre de l’Économie et qu’il a fait acheter des actions Renault par l’État français, déstabilisant ainsi le fragile équilibre mis en place entre les deux groupes en 1999.

Tout cela amène à deux conclusions. La première, très prosaïque, qui consiste à penser que ces alliances industrielles n’ont de sens que si elles se traduisent par des fusions complètes. Mais avec de simples échanges de participations, on a le sentiment de couples qui se fiancent, mais qui ne veulent pas s’engager jusqu’au mariage, seul susceptible de dégager les synergies maximales.

La seconde, est bien plus grave. Il y a désormais un vrai sentiment nationaliste qui se développe dans le monde des affaires. Le temps de la mondialisation heureuse semble bel et bien dépassé. Déjà lorsque Mittal avait voulu prendre le contrôle d’Arcelor on avait entendu parler de patriotisme économique. Mais là, cela va plus loin, car il y a des opinions publiques derrière ces mouvements de capitaux. Des opinions qui sont attachées au fait que le drapeau de leur pays figure encore sur l’aileron des avions de KLM, comme les ailerons d’Air France sont bleu blanc rouge. Et cela est bien plus inquiétant pour l’avenir. Cette question des fiertés et des sensibilités nationales a totalement échappé à un Canadien parachuté à la tête d’Air France. Mais elle n’aurait pas dû échapper aux administrateurs du groupe et, parmi eux, aux représentants de l’État français. Il reste à souhaiter que cette crise en reste là et que le capitalisme français ne s’offre pas le luxe d’une nouvelle crise à la manière de Renault-Nissan.

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