Ghosn : les avocats de la famille saisissent les Nations-Unies
L’affaire Carlos Ghosn peut-elle être l’occasion de faire avancer les droits de l’homme au Japon ? C’est en tout cas le pari que viennent de prendre les avocats représentant la famille de l’ex-patron de Renault-Nissan. Ces derniers viennent de saisir les Nations-Unies, estimant que les "droits fondamentaux" de l’homme d’affaires n’étaient pas respectés.
Même si cette procédure peut apporter de l’eau au moulin de la défense de Carlos Ghosn, elle a sa propre existence. Il s’agit pour les avocats qui représentent la femme et les enfants de l’ancien dirigeant d’aller au-delà des faits qui sont reprochés à Carlos Ghosn : d’aller sur le terrain du respect des droits de l’homme.
Son "sort est emblématique" de ce qui se passe au Japon pour les personnes qui ne reconnaissent pas les faits dont ils sont accusés, a souligné Jessica Finelle, avocate chez AARPI Zimeray & Finelle Avocats, lors d’une conférence de presse à Paris. Pour sa part, la famille - à travers une déclaration lue par son représentant - a souligné les règles "moyenâgeuses" du lieu dans lequel Carlos Ghosn est détenu. Après avoir fermement insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une initiative contre le Japon, État respecté et auquel la France n’a pas à donner de leçon de respect des droits de l’homme, l’avocat François Zimeray a demandé à ce que le pays respecte les droits fondamentaux.
Jessica Finelle a rappelé les différents points noirs. Lesquels viennent d’être portés devant le groupe de travail de l’Organisation des Nations-Unies sur la détention arbitraire. Les conseils ont mis en avant cinq violations d’un procès équitable. Sont citées les mesures particulièrement déshumanisantes, comme l’isolement, alors même que Carlos Ghosn ne présente pas de danger pour les détenus et le personnel. Ou encore la violation des droits de la défense – comme les heures interminables d’interrogatoire sans avocat à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Ou encore la violation de la présomption d’innocence, avec une arrestation médiatisée et des éléments à charge sans cesse distillés dans la presse.
Selon les avocats, le groupe des Nations-Unies pourrait aller dans leur sens – étant donné qu’il a déjà réagi dans un cas similaire en décembre. Toutefois, il n’émet que des avis, et celui-ci pourrait n'être délivré que dans les six mois. Soit peut-être après le procès. Alors pourquoi une telle initiative ? Les avocats pensent que cette communication peut peser dans le débat déjà ouvert au Japon sur le sujet. Ils considèrent également que le Japon, à l’instar d’autres pays est sensible à son image. Ils espèrent une prise de conscience envers ces pratiques qui se sont développées au pays du soleil levant et qui ne sont pas conformes aux droits de l’homme, ni au droit japonais. Nous avons "l'opportunité de faire la lumière sur le combat qu'ils (notamment la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme japonaise) mènent depuis très longtemps pour que le Japon se conforme aux standards internationaux en matière de procès équitable et de détention", a indiqué François Zimeray. Et d'élever un cas emblématique à une cause plus grande encore.
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