Qui pourrait succéder à Theresa May ?
Le "sacrifice" de Theresa May va-t-il fonctionner et lui permettre de sauver sa réputation en obtenant demain le vote de l'accord sur le Brexit ? Hier en fin d'après-midi, la Première ministre britannique a pris l'engagement devant l'ensemble des députés conservateurs de démissionner "plus tôt que prévu", à condition que le Parlement valide son fameux accord du 25 novembre. Accord par deux fois rejeté en raison notamment du mécanisme irlandais de sauvegarde, que la plupart des élus considèrent comme inacceptable. Le 11 mars dernier, lors du second "meaningful vote", il manquait encore 75 voix à la Première ministre pour faire ratifier son texte. Elle doit normalement le soumettre une troisième fois au vote des députés demain et espère que la promesse de sa démission lui permettra cette fois d'obtenir le feu vert des Brexiters les plus convaincus.
Selon la presse britannique Boris Johnson et Jacob Rees Mogg, les deux principaux porte-parole du groupe ERG, pro Brexit, auraient déclaré hier soir qu'ils soutiendront le compromis demain lors du vote. Mais le parti unioniste irlandais DUP, grâce auquel la Première ministre dispose d'une courte majorité au Parlement, n'a pas changé de position et devrait donc, lui, rejeter le texte demain soir.
Si toutefois la Première ministre parvient, grâce au ralliement de quelques travaillistes, à obtenir le feu vert des députés, alors elle devrait rester en poste jusqu'au 22 mai, deadline fixée par l'UE pour une sortie du pays avec accord. Selon le Spectator, la campagne pour la succession de Theresa May devrait commencer dès le lendemain, le 23 mai, et plusieurs candidats seraient déjà dans les starting-blocks.
Le favori à la succession de Theresa May est naturellement l'ancien maire de Londres et fervent défenseur de la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, Boris Johnson. Ministre des Affaires Etrangères de Theresa May à partir de juin 2016, il démissionne deux ans plus tard en raison de son désaccord avec la façon dont la Première ministre mène les négociations, estimant qu'elles risquent de mener à un "soft Brexit". S'il est choisi pour remplacer Theresa May, son objectif est de réaffirmer l'autorité de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l'UE lors de la seconde phase des négociations. Rappelons qu'en cas de validation de l'accord demain, la Grande-Bretagne sortira le 23 mai mais bénéficiera d'une période de transition de 19 mois où le statu quo sera maintenu et où le pays devra négocier sa future relation commerciale avec l'UE.
L'autre potentiel candidat pour reprendre le poste de Theresa May est Dominic Raab, l'ancien secrétaire d'État au Brexit, nommé en juin 2018 après la démission de David Davis, et lui-même démissionnaire le 15 novembre 2018 en raison de son désaccord avec le compromis sur le Brexit rapporté de Bruxelles par Theresa May. Brexiter convaincu, il aurait déjà commencé les démarches pour préparer sa campagne notamment grâce à l'aide de Paul Stephenson, l'ancien directeur de la communication du mouvement Vote Leave.
Trois autres candidats et membres actuels du cabinet de Theresa May se démarquent pour le moment : Jeremy Hunt, le successeur de Boris Johnson aux affaires étrangères tout d'abord. Celui qui était partisan du maintien de son pays dans l'UE en 2016 a retourné sa veste par la suite, ce qui pourrait lui être reproché lors de la campagne des conservateurs. Le ministre de l'Intérieur Sajid Javid pourrait lui aussi faire un bon candidat. C'est le premier homme politique musulman d'origine asiatique à occuper ce poste. Il a été nommé en avril 2018 au gouvernement May suite à la démission d'Amber Rudd - justement critiquée pour sa mauvaise gestion d'un dossier migratoire -, ses opposants estiment cependant qu'il ne possède pas suffisamment d'amis politiques proches pour le soutenir et l'aider à former un gouvernement.
Matt Hancock enfin, secrétaire d'État à la santé est l'un des rares ministres à être parvenu à faire avancer ses dossiers malgré la crise politique du Brexit. Par ailleurs, il serait l'un des seuls candidats qui pourrait réussir à rallier à lui les Brexiters et les europhiles des conservateurs.
David Davis et Michael Gove, un temps pressentis, n'auraient plus beaucoup de chance d'être choisis, le premier pour avoir ratifié l'accord de Theresa May lors du second meaningful vote et le second pour avoir soutenu la Première ministre sans faillir depuis sa prise de poste en juin 2017 (il est actuellement secrétaire d'État à l'Environnement).
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