WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
brexit no deal report article 50 ERG

Politique européenne / Brexit / Theresa May / Westminster

Politique européenne
Brexit / Theresa May / Westminster

Theresa May, opiniâtre ou kamikaze ?

La Première ministre a opéré un revirement de bord en demandant une troisième fois aux députés de valider son accord d'ici le sommet européen de mercredi prochain. Soit ils acceptent et un court report du Brexit sera demandé à Bruxelles. Soit ils refusent, et le report sera étendu au-delà des Européennes, contraignant le pays à participer aux élections. Un coup de poker sous forme de menace, que Theresa May n'est absolument pas certaine de remporter.
Theresa May Jean-Claude Juncker
Theresa May Jean-Claude Juncker

La livre a sensiblement grimpé depuis hier soir et l'annonce du résultat du vote à Westminster, où les députés britanniques ont rejeté à une majorité de 43 voix une sortie de l'UE sans accord le 29 mars prochain. En milieu de matinée, la devise anglaise était en hausse de 0,07 % contre l'euro et de 0,01 % contre le dollar, à respectivement 1,17 euro et 1,33 dollar contre 1,13 euro et 1,27 dollar il y a encore un mois, quand peu d'investisseurs envisageaient qu'un report du Brexit fût possible. C'est désormais le scénario qui sera proposé ce soir aux députés, pour leur troisième vote de la semaine, et qui a naturellement soulagé les investisseurs et les places boursières.

Mais la Première ministre, qui a déjà essuyé deux camouflets cette semaine, a décidé de tenter le tout pour le tout. Car au lieu de se prononcer comme prévu sur un simple report de trois mois, il sera proposé aux députés ce soir d'organiser d'ici au 20 mars (date du sommet européen) un troisième vote sur l'accord de divorce du 25 novembre ! Accord pourtant rejeté le 15 mars dernier, et mardi soir donc ! Soit le texte est adopté, et Theresa May demandera aux 27 États membres une courte extension de l'article 50, jusqu'au 30 juin prochain. Soit, le compromis du 25 novembre est encore rejeté, et dans ce cas Downing Street demandera un délai plus long à l'UE, au-delà du 30 juin. Ce qui signifierait que la Grande-Bretagne devra participer aux élections européennes.

À première vue, ce nouveau tour de passe-passe apparaît assez suicidaire de la part de la Première ministre, que beaucoup souhaitent désormais voir quitter son poste. Mais Theresa May espère, par la menace d'un maintien dans l'UE sans date limite, forcer les plus eurosceptiques du Parlement à adopter son accord. "La motion de Theresa May est un ultimatum très clair à l'égard de ses opposants pro Brexit, pour les inciter une dernière fois à se rallier à elle", commente ainsi James Smith, stratégiste chez ING à Londres. Sa tactique de l'usure pourrait-elle cette fois-ci fonctionner ? "À première vue, la montagne qui lui reste à gravir paraît infranchissable : il lui manquait encore 149 voix il y a deux jours pour faire valider le texte de l'accord", poursuit le stratégiste.

Mais en coulisses, la Première ministre serait aussi en train de négocier avec le parti unioniste irlandais DUP afin de trouver une solution pour ajuster l'avis juridique de l'attorney general sur le backstop. Or, si elle parvient à convaincre le DUP de soutenir l'accord, une grande partie des eurosceptiques de l'ERG devrait suivre. Et si la marge de récalcitrants se réduit, les commentateurs politiques du pays estiment qu'une vingtaine de députés travaillistes pourraient aussi décider de soutenir le texte.

La motion de Theresa May représente tout de même un véritable pari politique, vu la discorde et le chaos total au sein des deux principaux partis du pays, depuis le début des négociations sur le Brexit. Car même au sein des conservateurs modérés, certains députés préféreraient se prononcer ce soir sur des "votes indicatifs" permettant de trouver une alternative à l'accord de novembre, afin de trouver une option qui réunisse une majorité suffisante. Et qui puisse ensuite être présentée à Bruxelles. Un soft deal plutôt que le texte du 25 novembre donc, telle est la voie que les conservateurs modérés préféreraient adopter.

Sachant que l'option d'un Hard Brexit, que les marchés semblent avoir totalement écartée, est encore tout à fait envisageable. Le report doit encore être accepté à l'unanimité par les 27. Si un seul d'entre eux se prononce contre l'extension de l'article 50, alors la Grande-Bretagne sortira bien sans deal le 29 mars prochain. Un tel scénario serait étonnant. Il n'empêche que selon The Guardian, plusieurs députés de l'ERG ont entamé une campagne de lobbying auprès des gouvernements populistes d'Italie, de Hongrie et de Pologne, pour les inciter à rejeter le report du Brexit lors du sommet européen de la semaine prochaine. Une démarche, qui même si elle n'aboutit pas montre que la classe politique britannique ne possède plus aucune direction, plus aucune unité, et qui plaide surtout pour la tenue de nouvelles élections et l'arrivée d'un nouveau chef, qui rétablisse un peu d'ordre et d'autorité au sein du pays.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article