Politique européenne / Brexit / Jeremy Corbyn
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Brexit / Jeremy Corbyn
Brexit : l'UE fixe un nouvel ultimatum à Theresa May
Nouveau rebondissement hier soir dans le feuilleton du Brexit, dont la principale protagoniste Theresa May a visiblement renoncé à laisser son poste. Après sept heures de réunion de crise à Downing Street, la Première ministre a en effet annoncé lors d'une courte allocution télévisée qu'elle comptait demander un nouveau "court report" du Brexit. Le temps de parvenir à un accord sur le texte de mi-novembre dernier. Un scénario déjà vu, et qui a priori n'aurait pas dû convaincre l'UE, vu les trois échecs successifs à Westminster lorsque le texte a été présenté aux députés. Sauf que cette fois-ci, Theresa May a sorti de sa poche une ultime carte, celle d'un accord politique avec les travaillistes. "Je propose de m'asseoir avec le chef de l'opposition et d'essayer de convenir d'un plan que nous adopterions tous les deux pour nous assurer que nous quittons l'Union européenne et que nous le faisons avec un accord."
Cette tentative de la dernière chance a été acceptée par le président de la Commission, qui devant le Parlement européen cet après-midi, a déclaré que l'UE travaillerait "jusqu'au dernier moment" pour éviter une sortie sans accord. Et d'ajouter : "Si le Royaume-Uni est en mesure d'approuver l'accord de retrait avec une majorité viable d'ici au 12 avril, alors l'Union européenne devrait, également dans ce cas, accepter une prorogation jusqu'au 22 mai". Est-ce à dire que la stratégie de l'alliance politique défendue par Theresa May est une victoire ? Non, car la nouvelle demande de report devra d'abord être validée par l'ensemble des 27 États lors du sommet exceptionnel du 11 avril prochain. Surtout, Jean-Claude Juncker a ajouté que si la Première ministre ne parvenait pas à faire approuver l'accord d'ici le 12 avril, alors "aucune prolongation supplémentaire de courte durée ne sera possible".
Dans un tel cas de figure, soit Theresa May devra demander un report plus long. Soit elle sortira bel et bien le 12 avril sans accord. Le coup de poker politique de la Première ministre hier soir n'a donc pas vraiment changé la donne pour le pays en termes d'options de sortie. Le pari de Theresa May dépendra donc de la réponse de l'UE et de de la décision de Jeremy Corbyn : le leader travailliste pourrait accepter de se rallier à Theresa May, avec l'espoir d'apparaître ensuite aux yeux de son électorat comme l'homme qui a permis de sauver son pays du chaos. Dans ce cas, il devrait plaider pour le maintien du pays dans l'union douanière. Mais selon James Smith, économiste chez ING, de nombreux membres du parti de l'opposition ont déjà mis en garde contre le "piège" tendu par Theresa May, depuis sa proposition d'hier. "Si le Brexit ne fonctionne pas bien, ou tourne mal malgré l'accord, les électeurs pourraient se retourner contre le parti travailliste", affirme ainsi l'économiste. Par ailleurs, Jeremy Corbyn n'est pas certain d'obtenir grand-chose en retour de Theresa May, puisque si la Première ministre démissionne finalement, elle devrait être remplacée par un autre conservateur. Ce qui pourrait le décourager de soutenir l'accord de novembre, lui qui plaide depuis de nombreuses semaines pour de nouvelles élections.
Face à toutes ces inconnues politiques, ING estime pour sa part que l'option la plus probable (évaluée à 50 % selon eux) reste une prolongation longue de l'article 50, soit de 9 à 12 mois. Avec la participation des Britanniques aux élections européennes, qui finalement représenterait un moindre enjeu pour le pays, si elle lui permet ensuite d'obtenir une sortie bien négociée… il n'est cependant pas certain que l'UE soit de cet avis.
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