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Le RIP fait perdre 2 milliards d'euros à ADP
Dans une décision rare rendue publique hier après-midi, le Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius, a validé la demande d'organisation d'un Référendum d'initiative partagée (RIP) au sujet de la cession d'Aéroports de Paris. Ce qui fait suite à une autre décision rare, celle de l'union de 248 parlementaires issus de tous bords politiques pour porter une proposition de loi référendaire et affirmer le caractère de service public national des Aéroports de Paris-Charles de Gaulle, Paris Orly et Paris-Le-Bourget. L'ultime condition sine qua non au blocage de la privatisation tient maintenant à l'obtention de 4.717.396 signatures de Français dans les 9 prochains mois. De ce point de vue, le plus dur est fait.
Car nul doute que ces millions de Français seront prêts à écrire leur nom pour un projet dont le blocage est défendu par l'essentiel des adversaires d'Emmanuel Macron, une coalition prête à en découdre et à convaincre pour que l'un des articles de la loi PACTE portée par Bruno Le Maire et qui ouvrait la voie à la privatisation, ne soit qu'un lointain souvenir. D'autant plus que le climat est plutôt hostile au gouvernement et que les Français voudront goûter à cette nouvelle formule démocratique, quelques semaines après que le Référendum d'initiative citoyenne a fait couler de l'encre sur les cahiers de doléances dans le cadre du Grand débat national. Si bien que l'on peut d’ores et déjà avancer que la privatisation d'ADP est morte.
Sur le fond, il y a bien sûr la question philosophique de la privatisation d'un monopole stratégique. Mais ici, c'est aussi la forme qui interpelle. D'abord parce qu'une partie de la droite libérale soutient le projet du RIP dans ce contexte, elle qui a historiquement porté les privatisations françaises sur des secteurs stratégiques, preuve de l'absurdité du débat politique. Et côté économie, cette privatisation avortée, dans l'état actuel des choses, mettra à mal le développement engagé d'ADP à l'international, en soif de capitaux pour créer de la valeur. Le chiffre d'affaires du segment international et développements aéroportuaires a plus que doublé sur un an, et au 31 décembre 2018 le carnet de commandes s'élève à 75 millions d'euros, en hausse de 23 % sur un an. ADP, qui a acquis une partie de TAV Airports en Turquie en 2017, prévoit de doubler à six milliards d'euros ses investissements dans les activités "cœur" des aéroports parisiens entre 2021 et 2025, dans le cadre de son quatrième "contrat de régulation économique (CRE)".
La voix des sages de la rue de Montpensier a fait plonger le cours du titre ADP qui perd près de 11 % à 10H30 ce matin. Cette baisse a réduit la capitalisation boursière d'ADP de plus deux milliards d'euros… en moins de 48 heures.
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