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Française des jeux / FDJ / privatisation / Bruno Le Maire / ADP
Combien pour la Française des Jeux ?
Créée par l'État lui-même pendant l'entre-deux-guerres pour venir en aide aux soldats défigurés, la loterie nationale est à vendre. L'État français va se séparer de la majorité de sa participation dans le deuxième opérateur de loterie européen au chiffre d'affaires qui avoisine les deux milliards d'euros en 2018, affiche une marge à 15,5 % et un résultat opérationnel qui s'établit à 257 millions d'euros, après des records déjà atteints un an plus tôt.
Les récentes déclarations de Bruno Le Maire pour ramener la part publique de 72 % à 20 % surviennent au moment où la complexité politique du Référendum d'initiative partagée (RIP) a renvoyé la privatisation d'ADP aux calendes grecques. Le ministre, qui a défendu corps et âme la loi Pacte autorisant des cessions de participations publiques pour alimenter le fonds pour l'industrie et l'innovation, a tout intérêt à ce que son plan se mette en place, et vite. Car c'est aussi le moment de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'État, le besoin s'en faisant grandement sentir.
Si la cession de 50 % par l'État de ses parts de la Française des Jeux fait de nouveau l'actualité, c'est donc d'abord une question de recettes publiques, et dans une moindre mesure de crédibilité. Mais encore faut-il estimer combien la collectivité publique pourrait en retirer. Bercy, qui ne cache plus vouloir faire ce passage au privé via une cotation en Bourse d'ici à la fin de l'année, pourrait retirer jusqu'à 3,5 milliards d'euros de l'opération, selon la dernière valorisation du groupe par le milieu bancaire. Alors oui, c'est peut-être optimiste, eu égard au montant de l'excédent brut d'exploitation de la FDJ attendu en 2020 (soit un multiple de près de huit fois). Mais cela reste une affaire pour l'État qui n'a retiré que 100 millions d'euros de dividendes au titre de 2018, contre 3,3 milliards d'euros au titre de prélèvements publics sur jeux.
Finalement, il est faux de dire que la FDJ est une poule aux œufs d'or perdue pour l'État. Au contraire, le gouvernement vendra gracieusement une partie de sa participation, puis pourra, grâce au maintien de sa position dans le groupe, faire voter encore plus de fiscalités pour les produits de la Française des jeux. De fait, avec les 20 % que l'État souhaite conserver, auxquels s'ajoutent les 9,2 % historiquement détenus par l'association d'anciens combattant les Gueules cassées, la puissance publique restera solidement ancrée dans la gouvernance du prochain ensemble. Et ce, d'autant plus que le groupe opère dans un secteur où la régulation est importante eu égard aux addictions que les jeux de hasard peuvent provoquer.
En revanche, le maintien de la puissance publique dans le nouveau groupe pourrait à son tour jouer sur la valorisation actualisée de la FDJ en décourageant les investisseurs réformateurs, et donc sur le prix que pourra en retirer l'État. Mais le deal a toutes les raisons de rester lucratif. Du côté des banques qui se chargeront de l'opération, rien n'est fait à ce stade, puisque l'appel d'offre n'a pas encore été publié au Bulletin officiel des annonces des marchés publics. Selon nos informations exclusives, il devrait être publié demain au plus tard.
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