Evenements / privatisation / Française des jeux
Evenements
privatisation / Française des jeux
La fausse privatisation de la FDJ
Pour qu'une privatisation soit financièrement intéressante pour l'État, le prix de vente de ses actions doit être supérieur à la somme actualisée des dividendes auxquels il renonce. Cette condition doit être respectée indépendamment d'une éventuelle affectation des recettes tirées de la privatisation, qu'il s'agisse par exemple d'une affectation à un fonds pour l'innovation comme celui prévu par le gouvernement Philippe qui devrait être bientôt doté de 10 milliards d'euros.
En ce qui concerne la Française des Jeux, l'État, en ramenant sa participation de 72% à 22%, choisit de renoncer chaque année à 52,5 millions d'euros (en supposant que la FDJ versera l'an prochain 90 millions d'euros de dividendes, comme en 2018), pendant 25 ans, c'est-à-dire la durée de la cession du monopole. Dans l'hypothèse d'un rendement annuel de 3,45%, c'est-à-dire le rendement du milieu de fourchette du prix de l'IPO, alors l'État choisit finalement d'abandonner 1,34 milliard d'euros. C'est la somme actualisée des dividendes auquel le gouvernement renonce par la cession. Dans le même temps et toujours selon nos calculs, à six jours de la fin de la période de souscription des particuliers et des zinzins, le produit maximum de la cession des titres de la FDJ s'élève à 1,7 milliard d'euros, auquel s'ajoutent 380 millions d'euros en contrepartie de la cession de ses droits exclusifs sur les jeux de loterie et les paris sportifs en point de vente physique. Bref, l'État a gratté et il a gagné 740 millions d'euros.
À cela, il faut ajouter les prélèvements publics sur jeux, qui ont rapporté près de 3,3 milliards d'euros à Bercy au seul titre de l'année 2018. Après avoir vendu gracieusement sa participation via une cotation en Bourse prévue pour le 21 novembre, l'État pourra aussi faire voter encore plus de fiscalités pour les produits de la FDJ. De fait, avec les 22% que l'État souhaite conserver, auxquels s'ajoutent les 9,2% historiquement détenus par l'association d'anciens combattants des Gueules cassées, la puissance publique restera solidement ancrée dans la gouvernance du prochain ensemble. De sorte que l'État a gagné au grattage mais aussi au tirage ! Et ce, d'autant plus que le groupe opère dans un secteur où la régulation est importante eu égard aux addictions que les jeux de hasard peuvent provoquer, et l'Etat pourra ainsi garder un œil avisé sur le fonctionnement interne.
Finalement, lorsque Bruno Le Maire dit vouloir relancer l'actionnariat populaire par la privatisation (partielle) de la FDJ, il faut y regarder à deux fois. Oui, la ruée sur les actions de la FDJ s'est confirmée et ce même en dépit du week-end prolongé du 11 novembre, sachant que la part réservée aux investisseurs institutionnels - dont la gestion des actifs est particulièrement réglementée par l'État (!) - était déjà souscrite dès jeudi 7 novembre, le jour même du lancement de la période de souscription. Mais en réalité, l'État conservera une mainmise importante. Rappelons à ce titre que toute montée au capital d'un actionnaire pour une part supérieure à 10% sera là aussi soumise à l'autorisation de Bercy. Enfin, quand l'on parle de l'opération de privatisation la plus importante depuis des années, c'est surtout parce qu'il n'y en a pas eu d'autres ! C'est d'ailleurs la première du quinquennat Macron, lui qui avait essayé de privatiser ADP deux fois sans succès lorsqu'il était ministre de l'Économie, un projet repoussé encore aux calendes grecques par le Référendum d'Initiative Partagée (RIP).
Créée par l'État lui-même pendant l'entre-deux-guerres pour venir en aide aux soldats défigurés, la loterie nationale n'est pas vraiment à vendre. Elle sera quelque temps et partiellement prêtée aux Français, pour que le gouvernement puisse réduire sa dette, ou du moins éviter de recourir trop à l'emprunt, car ce ne sont plus les guerriers qui ont la gueule cassée mais bien les finances publiques. Et rappelons que l'un des autres objectifs d'une privatisation, c'est bien de redonner un coup d'éclat à l'activité d'une entreprise. Or la Française des Jeux, seconde loterie européenne, se porte déjà très bien avec une croissance régulière et une rentabilité élevée.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

