Patrick Artus : ce brillant économiste qui nous prédit la prochaine crise
À l’école, Patrick Artus n'aimait pas beaucoup la physique et ne s'imaginait pas non plus chimiste, comme son père. Son esprit mathématique l'emmène plutôt vers l'économie qu'il ne rencontre que pour la première fois à l'École Polytechnique, "tant cette science est absente des programmes pour les lycéens qui ont fait le choix de la filière S". Patrick Artus cite ses professeurs qui l'ont marqué, l'économiste et géopolitique français Thierry de Montbrial et l'ancien PDG du Crédit Lyonnais Jean Peyrelevade. "À cause de ces types-là, j’ai fait de l'éco !", ironise-t-il.
Plus tard, Patrick Artus dit avoir fait partie de la génération d'économistes influencée par Edmond Malinvaud (1923-2015), le directeur général de l'Insee de 1974 à 1987, "l'un des premiers français qui a introduit l'économie moderne après la guerre". Cette génération qui s'est rassemblée à l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae), de laquelle Patrick Artus est diplômé et dont il dirigera les Études en 1988. C'est d'ailleurs lui-même qui recrute Jean Tirole pour dispenser les cours d'économétrie au sein de l'établissement, flairant le potentiel de celui qui obtiendra quelques années plus tard le prix Nobel décerné pour son travail sur l'analyse de la puissance de marché et de la régulation.
Au-delà de son parcours professoral à l'École Polytechnique (depuis 1996), aux universités de Lausanne (1988), Paris IX Dauphine (1991-1996) et Paris 1 Panthéon Sorbonne (depuis 1996), Patrick Artus est passé par l'OCDE (1980), la Caisse des dépôts et des consignations (1988), la Banque de France (1985-1988) et l'Association française de sciences économiques (1993-1995). Pendant près de 20 ans, celui qui a su trouver le temps de courir plusieurs fois le 100 kilomètres "qui terminait dans la magnifique vallée du Millaud", a conseillé le Premier ministre au sein du Conseil d'analyse économique (CAE), né en 1997 sous l’impulsion de Lionel Jospin. "Ce groupe d'une vingtaine d'académiciens indépendants de la pensée du gouvernement qui réfléchit aux politiques macro-économiques adéquats".
Au cours de sa carrière, Patrick Artus a écrit plus d’une dizaine d’ouvrages sur la macro-économie et la finance. Dans son dernier livre intitulé Discipliner la finance (2019), l'économiste nous présente cette fois les mécanismes financiers qui menacent le monde "d'une nouvelle crise d'une très grande ampleur". Et puisque le régulateur agit pour que la précédente ne se reproduise plus, "après 2000, nous n'avons pas eu de crise des actions et après 2007-2008, nous n'aurons probablement pas de crise du crédit immobilier", Patrick Artus parie davantage sur une crise de la dette publique dans le cas où les taux d'intérêt remontent.
La punition sera tout bête : "Les États feront défaut, comme la Grèce ou l'Argentine." Et à Patrick Artus d'ajouter, "au contraire, l'Allemagne et les Pays-Bas qui refusent d'utiliser les taux bas pour augmenter leur déficit ratent peut-être une opportunité incroyable de moderniser leur économie". Et à la question alors de savoir ce que l'économiste dirait aujourd'hui au Premier ministre Édouard Philippe s'il était encore membre conseiller du CAE, il répond : "la prudence c’est de faire du déficit public dont vous pensez qu'il reste rentable, même si les taux d'intérêt remontent demain [...] très certainement éviter que les écoles de Marseille tombent sur la tête des écoliers, accentuer les dépenses dans les énergies renouvelables et faire enfin naître une industrie des batteries électriques."
Ce qui ouvre la question habituelle de la frontière entre le secteur public et le secteur privé : est-ce que l’État est capable de définir des investissements intelligents ? L’État français qui a promis 7,4 milliards d’euros aux Gilets jaunes selon les derniers chiffres de la Commission des finances du Sénat, pendant que son déficit budgétaire s’est accru en 2018 pour la première fois depuis 2014, passant de 67,7 milliards à 76 milliards d’euros selon une estimation de la Cour des comptes. Le gouvernement Philippe qui faillit de fait à l'obligation européenne de réduire chaque année son déficit structurel de 0,6 point au minimum. Et au rapporteur général Albéric de Montgolfier de conclure en avril dernier, "le retour à l'équilibre budgétaire à l'issue du quinquennat, qui figurait parmi les objectifs initiaux du Gouvernement, resterait hors d'atteinte, même dans le scénario favorable".
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