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REF 2023 : cette rareté qui va prédominer / La soutenabilité de la croissance revient avec fracas sur le devant de la scène
"Oui, je crois qu’on va changer complètement de modèle économique ". Comme à son habitude, Patrick Artus, professeur à Paris School of Economics, conseiller économique de Natixis, n’a pas fait de faux-semblants à l’occasion d’un débat se tenant lors de la rencontre des entrepreneurs de France (REF). Il était entouré à cette occasion d’un panel de qualité allant d’Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia ainsi que Dominique Schelcher, président-directeur général de Système U, comprenant également Sabrina Soussan, présidente-directrice générale de Suez. Également présent, Jean-Marc Jancovici, fondateur du Shift Project, a martelé que " la fin de la croissance exponentielle est aussi inéluctable que l’est le vieillissement"
Pour le professeur en économie, ce fut l’occasion de réaffirmer une de ses thèses : celle "qu’on est passé de la rareté de la demande à celle de l’offre. On passe à un modèle où désormais la production sera limitée par la capacité à avoir des ressources en énergie et en matière première nécessaire pour produire ". Cependant le catastrophisme n’est pas de mise, le progrès technique a encore devant lui "des marges considérables ".
Investir et encore investir
La question du progrès technique ne se pense plus aujourd’hui sans celle de la soutenabilité et de la sobriété de la croissance de nos sociétés. Sabrina Soussan s’en est fait l’apôtre ce lundi, appelant "à ne pas oublier le sujet de l’investissement, rien que sur la question de l’eau il nous manque aujourd’hui 15 milliards d’euros sur cinq ans sur le sujet des fuites". La construction d’un nouveau modèle ne se fera pas sans des investissements conséquents. Patrick Artus a ainsi souligné qu’on "voit le prix des énergies renouvelables commencer à baisser" et qu’il est probable que " le potentiel progrès technique se trouve là où on aura le plus de production d’énergies renouvelables".
Cela va prendre plusieurs années à ses yeux pour résorber le manque d’épargne actuel et constituer un "capital vert", pour lequel "il ne faudra que 30 ans d’efforts ". Une période et des sommes qui permettront de réaliser les investissements nécessaires. Dominique Schelcher a également acquiescé à ce changement de paradigme qu’il constate dès à présent dans son quotidien : il juge ainsi "être passé d’un taux de rupture d’approvisionnement des produits de 2 à 10 %". Un des signes que l’on assiste à la fin "du modèle de l’abondance" et "qu’il va falloir faire preuve de pédagogie dans un monde qui change ". Ce que la directrice générale de Veolia a confirmé, rappelant que "60 % de la population française dit qu’elle a compris que le coût de l’inaction est plus fort que le coût de l’action mais n’est pas sûr de comprendre vers lequel on va" ainsi que les gestes à poser.
Attendre un peu
Ce nouveau modèle économique arrive vite certes mais il ne sera pas là demain pour autant, le conseiller économique de Natixis estime notamment qu’à partir de 2050 la baisse de la population à venir " rend moins grave une croissance faible". Un horizon lointain mais qui permettra peut-être d’arriver à former ce que Sabrina Soussan appelle " les métiers de la rareté" : qui sont notamment situés dans les secteurs du recyclage chimique ou des biocarburants.
Dominique Schelcher a quand lui déjà remarqué que le comportement de ses compatriotes n’était plus de " choisir entre remplir le frigo et sauver la planète, ils essaient désormais de faire les deux et à tous les niveaux de budgets il y a des efforts ". Ces modifications de comportements n’attendent que le temps long pour porter leurs fruits, d’autant plus qu’elles "restent plus difficiles à faire pour une partie des Français ", en raison du coût que cela peut induire.
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