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Le difficile roadshow de Softbank
Vision Fund, le plus gros fonds tech de la planète qui avait été bouclé à 100 milliards de dollars en septembre 2016, aura-t-il une deuxième édition ? C’est la tâche à laquelle s’est attelé Softbank, le conglomérat japonais dirigé par Masayoshi Son, depuis quelques semaines. Mais après un début de roadshow laborieux, les doutes subsistent sur sa capacité à lever un nouveau véhicule record de capital risque technologique.
Et cela, pour plusieurs raisons. D’une part, le fonds Vision Fund avait été largement financé par le fonds souverain saoudien, Public Investment Fund, qui avait abondé 45 milliards de dollars dans le premier millésime, qui a investi dans des licornes américaines comme Uber, Slack et Wework. Or, les relations se sont nettement envenimées avec les investisseurs du monde entier, lorsque le gouvernement du Roi Mohammed ben-Salman a été mis en cause dans l’assassinat du journaliste politique, Jamal Khashoggi, en octobre dernier. De nombreux patrons et hautes figures ont annulé leur venue au Davos du désert, prévu quelques semaines plus tard à Riyad. Seul Masayoshi Son avait publiquement pris position pour indiquer qu’il comptait continuer à faire affaire avec le Royaume saoudien, ce que l’on peut aisément comprendre en raison des enjeux financiers.
Six mois plus tard, début mai, l’homme officialisait son intention de lancer un nouveau fonds Vision Fund 2, avec le même objectif de collecte de 100 milliards de dollars, affirmant que des "investisseurs variés nous ont dit qu’ils voulaient y participer". Mais selon le Wall Street Journal, l’enthousiasme n’est pas vraiment de mise puisque le fonds souverain saoudien, tout comme le fonds de pension canadien Canada Pension Plan investment Board auraient par exemple décliné de participer à ce nouveau fonds, ou comptent y allouer une maigre participation. Les discussions sont certes préliminaires avec les différents investisseurs du premier véhicule (le fonds souverain d’Abou Dhabi Mubadala, Apple, Qualcomm, etc.)
Les investisseurs, qui ont notamment été séduits par la personnalité de Masayoshi Son pour le premier fonds, sont semble-t-il échaudés par le manque de transparence et la gouvernance opaque du Vision Fund. En particulier les deux fonds souverains saoudiens et d’Abou Dhabi, qui ont mis en cause les valorisations accordées aux licornes de son portefeuille. Ces derniers ont en particulier boycotté un investissement de 16 milliards de dollars proposé dans WeWork, qui a dû être revu à la baisse. Le Vision Fund est également un gros actionnaire chez Uber qui a souffert de l’IPO : si la plus-value latente reste de 1,7 milliard de dollars sur un investissement de 7,7 milliards de dollars, elle est en nette baisse par rapport aux 2,3 milliards qu’il génèrait encore lors de l’IPO.
Softbank doit désormais se montrer sous son meilleur jour pour convaincre de nouveaux investisseurs, et a de ce point de vue indiqué vouloir allouer 50 milliards de dollars au fonds, en cash ou en actifs. Mais ce dernier fait face à une situation financière périlleuse en raison des difficultés de sa filiale Sprint, l’opérateur télécoms américain qu’il essaie de marier avec T-Mobile. Le Département de la Justice américain ne semble pas voir d’un bon œil ce rapprochement, ce qui pourrait compromettre l’engagement du japonais dans le Vision Fund 2, et par conséquent sa capacité à lever un nouveau fonds record de 100 milliards de dollars.
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