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La réforme de l'assurance-chômage

Politique économique / Muriel Pénicaud / Medef / Unedic

Politique économique
Muriel Pénicaud / Medef / Unedic

Assurance-chômage : une réforme qui mérite l'unanimité !

À défaut d’avoir été conduite par les partenaires sociaux, qui ont déclaré forfait, la réforme de l’assurance-chômage, que présentera Muriel Pénicaud au conseil des ministres de demain, est riche en mesures courageuses. Mais elle intervient avec quinze ans de retard sur les lois Hartz qui ont déverrouillé le marché allemand du travail.
Muriel Pénicaud
Muriel Pénicaud

Comme Édouard Philippe s’y est engagé la semaine dernière, il présente ce matin avec Muriel Pénicaud les grandes lignes de la réforme de l’assurance-chômage. Il ne s’agit pas d’un énième rafistolage des comptes de l’Unedic, mais d’une vraie et profonde réforme basée non pas sur une assistance aveugle à la manière de Beveridge, mais sur des droits et des devoirs. Bref c’est une réforme libérale. Et on ne peut que la saluer.

Bien sûr l’un des buts de cette réforme est de rétablir les comptes de l’Unedic, dont la dette colossale pèse sur celle de l’État. Bien sûr, elle va être critiquée par les partenaires sociaux, quels qu’ils soient, car ils n’y ont été associés que de loin. Ce qui témoigne de la mort lente, mais certaine, et heureuse du paritarisme. Bien sûr, elle risque de réveiller une fronde syndicale, toujours prête à se réveiller dans une France où le climat social est toujours agité par les braises des gilets jaunes.

Mais cette réforme coche toutes les cases qui empêchaient le marché du travail de fonctionner normalement. Les droits sont durcis, puisqu’il faudra avoir travaillé six mois sur les vingt-quatre derniers mois, et non plus quatre sur vingt-huit pour avoir droit aux allocations-chômage. Une vraie dégressivité va être mise en œuvre. Un premier palier de baisse, entre un quart et un tiers, interviendrait au bout de six mois. Les règles de calcul de l'allocation, de son cumul avec des revenus d'activité et de rechargement des droits seront enfin modifiées afin que certains chômeurs ne touchent pas plus en allocations qu’en salaires. Enfin, mesure désagréable pour le patronat, mais inévitable : une taxation forfaitaire sur les CDD d'usage va être mise en place. Sous la forme d’une modulation des cotisations chômage employeurs. Malgré tout on est loin du vaste bonus-malus sur tous les contrats courts que redoutait le Medef. Seul point noir de cette réforme, de notre point de vue, le plafond d'indemnisation, 7.700 euros brut, ne devrait pas être touché. Ce qui nous place encore très loin de ce qui a été fait en Allemagne ou en Grande-Bretagne.

Une fois cette réforme mise en place – ce qui va encore prendre du temps – il faudra une autre condition pour que le marché du travail retrouve un fonctionnement normal et que la France puisse viser le plein-emploi : c’est l’amélioration des qualifications. Est-il normal que 450.000 offres d’emploi de travailleurs qualifiés ne trouvent pas preneurs à Pôle Emploi ? Et il n’est pas certain que la réforme de la formation, faite l’an passé, réponde à cette problématique.

Tout ce qu’il faut espérer maintenant, c’est que cette réforme majeure, qui n’est ni de gauche ni de droite, soit votée par une très large majorité à l’Assemblée, neutralisant les clivages traditionnels. Et que les Républicains ne s’amusent pas à polluer ce texte avec une inutile bataille d’amendements. Autant la première réforme Pénicaud de septembre 2017 était décevante sur le droit du travail. Autant celle-ci est à la hauteur de l’enjeu. Il reste qu’elle intervient avec quinze ans de retard sur les lois Hartz qui ont bousculé le marché du travail en Allemagne. C’est dire, s’il faudra être patient avant d’en voir les premiers résultats.

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