Régulation / Concurrence / AMF / FCA / Brexit / Robert Ophèle
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La nouvelle stratégie com' de Robert Ophèle
D'habitude plutôt discret, le président de l'AMF Robert Ophèle multiplie les déclarations publiques depuis un certain temps, et souvent, elles visent directement la politique réglementaire financière souhaitée par le Royaume-Uni. À croire que la France se positionne déjà comme le chef de file dans la future cartographie européenne des processus décisionnels européens financiers, à l'aube du Brexit.
Le 14 juillet dernier, et quelque temps après la publication d'un livre blanc qui soulignait les grands défis du secteur financier britannique à la sortie du pays de l'Union, Robert Ophèle prenait la parole. D'abord, il donnait raison à son homologue anglais Andrew Bailey pour que l'Europe accorde davantage de flexibilité aux autorités nationales dans l'application de la législation. Mais surtout, c'est le jour de la fête nationale que le patron du gendarme boursier choisissait pour dire sa conviction à faire partie des leaders dans l'environnement réglementaire financier.
Ce n'est pas la première fois que d'un point de vue réglementaire, la France cherche à exercer des pressions sur l'Angleterre. L'AMF s'est longtemps opposée à la séparation stricte entre les frais de recherche et les frais de courtage, issue de Mifid II et engagée par la Financial Conduct Authority anglaise. Motivée par des aspects concurrentiels, cette mesure a exercé une déflation notable des services d'analystes financiers, en particulier sur les petits fournisseurs indépendants (Pour lire un article sur le sujet, cliquez ici). Et Robert Ophèle a fait commander une étude pour trouver des moyens concrets d'améliorer la situation, qui devrait être disponible d'ici à la fin de l'année.
Ce n'est pas tout. Le haut responsable français vient de jeter un nouveau coup de froid dans la City en attaquant cette fois directement le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney. Tout commence après que l'un des gérants les plus en vue au Royaume-Uni Neil Woodford a été contraint de geler le plus grand fonds de sa société d'investissement pour stopper les demandes de retraits de ses clients. L'objectif étant de protéger les investisseurs en donnant le temps au fonds de se détourner des actifs les plus difficiles à vendre. Ce qui a déclenché les foudres de Mark Carney, selon qui, les fonds de détail qui investissent dans des actifs illiquides sont construits sur un mensonge.
"Il ne serait pas juste que le Royaume-Uni nous dise maintenant, juste avant de quitter l'Union européenne, que les OPCVM sont un mensonge" a répondu Robert Ophèle. Ces structures englobent un vaste ensemble de règles qui assurent un certain niveau de protection des investisseurs, en limitant notamment le montant des actifs qui peuvent être investis dans des sociétés non cotées et difficiles à vendre. En réalité, les règles sont strictes et bien souvent respectées, comme l'a rappelé à juste titre le président de l'AMF.
Lorsque Mark Carney, un haut fonctionnaire dont la parole est d'or, utilise des termes comme celui de "mensonge", il crée des vents de paniques, qui eux, peuvent être bien plus dévastateurs qu'une proportion peut-être trop élevée d'actifs illiquides dans les bilans des fonds de gestion. En témoigne l'affaire H2O- Natixis au mois de juin dernier, lorsque les marchés ont surréagi à un article de presse, avec un effet boule de neige pour la Banque, qui annonçait officiellement que sa filiale avait été touchée par des sorties de fonds d'au moins 600 millions d'euros. Moins d'une semaine après, l'agence de notation Morningstar reprenait la notation du fonds Allegro de H2O. C'est dire comme l'agitation peut être plus mortelle que la réalité des faits. C'est pourquoi les propos de Robert Ophèle sont bien plus légitimes et constructifs, lui qui propose par ailleurs l'instauration de stress tests sur ces structures.
Reste que ces prises de parole se font plus courantes, interrogeant sur la volonté française d'être la prochaine voix prédominante en réglementation financière.
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