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Macro-économie / Taux / Xi Jinping / Donald Trump / guerre sino-américaine

Macro-économie / Taux
Xi Jinping / Donald Trump / guerre sino-américaine

Le bluff des égocentriques

La Chine et les États-Unis ne pourront pas aller bien loin dans ce que l'opinion appelle une guerre, du fait de l'interdépendance de leurs économies.
Donald Trump et Xi Jinping (Crédits : DR)
Donald Trump et Xi Jinping (Crédits : DR)

En vérité, ce que ne supporte plus Donald Trump, c'est la montée en puissance de la Chine, tant d'un point de vue technologique que militaire. C'est pourquoi cette guerre est davantage une guerre d'egos entre deux visions auto-centrées du Monde qu'une guerre commerciale, bien que les deux parties continuent d'utiliser le prétexte de la rationalité économique pour justifier les moyens qu'elles engagent de part et d'autre.

Tant qu'il aura le pouvoir, Donald Trump essaiera de contenir les ardeurs de Xi Jinping - qui n'est de son côté pas limité par la politique électorale - et d'affirmer la grandeur de l'Amérique. En revanche, les craintes d'une escalade majeure dans le conflit sont infondées. D'abord car le krach boursier qui s'ensuivrait coûterait à coup sûr la victoire aux prochaines élections présidentielles de l'an prochain pour Donald Trump ; ensuite parce que la tourmente actuelle à Hong Kong se suffit à elle même pour ronger les maigres motivations de Xi Jinping à enclencher le disjoncteur. Surtout que divers indicateurs macroéconomiques chinois, dont la production industrielle et l'investissement, sont déjà en baisse, et le Président chinois n'aurait de ce fait aucun intérêt à aller chagriner davantage les marchés avec de nouveaux replis protectionnistes.

La Chine, c'est aussi la seule grande économie qui a su stimuler la demande mondiale lors de la précédente crise financière, en échange de quoi les États-Unis lui ont donné une voix plus importante au sein des organismes internationaux tels que le FMI et le G20. Ainsi, si l'inversion actuelle de la courbe des taux américaine confirme la venue d'une récession - qui serait paradoxalement en partie liée à l'instauration de tarifs douaniers à la Chine - l'aggravation du conflit pourrait priver l'économie américaine de cet outil de relance. C'est vrai, le ratio de la dette au PIB du gouvernement chinois est plus élevé que ce qu'il ne l'était il y a dix ans et lui confère donc moins de marges de relance, mais il reste cependant plus faible que celui de la plupart des autres grandes économies mondiales et Donald Trump aurait tort de se priver de cette garantie. Ce qu'il sait.

Un autre élément à garder à l'esprit est que la Chine est l'un des premiers créanciers étrangers des États-Unis, aux côtés du Japon. Au moins de juin dernier, les réserves de changes de la Banque centrale chinoise étaient composées de 1.112,5 milliards de dollars d'obligations du Trésor américain. Or, ce chiffre est déjà en baisse de près de 7 % sur un an, preuve que la Chine est désormais vendeuse nette d'obligations du Trésor. Ainsi, Xi Jinping dispose encore d'un certain nombre de munitions en réserve qui, s'il les sollicitait, augmenterait mécaniquement les taux d'intérêt de long terme américains, déjà trop élevés au goût de Donald Trump.

En coulisses, des centaines de conseillers politiques et économiques discutent, débattent et négocient pour que l'orgueil des têtes d'affiche ne dévastent pas l'économie mondiale, et c'est aussi grâce à cela que l'animosité mutuelle qui règne entre les deux puissances pour le contrôle des règles du jeu perdurera sans qu'elle ne dégénère en guerre. Pour sortir de l'impasse, il faudra cependant faire preuve de créativité et peut-être conclure une série d'accords plus étroits pour redonner vie au système, par exemple en faisant un meilleur usage de l'exigence des consultations bilatérales de l'Organisation Mondiale du Commerce. 

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