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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Un bref moment d’unité nationale…
par Yves de Kerdrel

La mort de Jacques Chirac a été très dignement saluée par Emmanuel Macron. Les obsèques de l’ancien Chef de l’État auront lieu demain à Saint-Sulpice – en raison de la fermeture de Notre Dame – et un hommage populaire a lieu ce dimanche aux Invalides. Cette disparition d’un homme qui a marqué la vie politique pendant quarante ans constitue un moment d’unité nationale, bien nécessaire pour tous.

29/09/2019 - 06:50 Temps Lecture 19 mn.

 

Jacques Chirac est né en 1932. Il était le dernier de nos présidents de la République à avoir connu la guerre, recueilli avec ses parents par la famille Potez, des industriels de l’aéronautique. Mais sa vie politique a véritablement démarré en 1967, lorsque Georges Pompidou l’a appelé à son gouvernement comme secrétaire d’État à l’emploi. Un poste qui se révélera stratégique un an plus tard lors des mouvements de grève de mai 1968 et surtout des fameux accords de Grenelle qu’il a corédigés avec Édouard Balladur, alors conseiller technique à Matignon. De 1967 à 2007, date à laquelle il a quitté la présidence de la République au terme de deux mandats, Jacques Chirac a marqué la vie politique, comme peu d’autres l’on fait, en dehors de François Mitterrand. Et sa disparition s’apparente, pour les Français, à celle d’un "père de la Nation".

Comme l’a très pudiquement souligné jeudi soir Emmanuel Macron dans une allocution solennelle diffusée juste avant d’aller s’incliner, au 4 rue de Tournon, sur la dépouille de l’ancien Chef de l’État, il incarnait "une certaine idée de la France". Pas forcément celle d’une France qui se bat sur le plan industriel, qui veut être une puissance technologique, ou qui cherchait à être le moteur d’une Europe qui l’intéressait assez peu. Mais celle d’une France rassemblée, apaisée, unie autour d’un mode de vie, d’une manière de débattre, et d’un héritage gaulliste où la souveraineté est le maître mot. Son implantation politique en Corrèze, terre de ses deux grands-pères, a sans doute contribué à forger cette idée de la France, en raison de la cohabitation apaisée entre communistes et conservateurs et du terreau radical-socialiste, dont le dernier grand représentant a été Henri Queuille, grand-père de l’épouse de son ami intime Jérôme Monod, l’ancien patron de la Lyonnaise des Eaux.

 

L’homme du "Non" à la guerre du Golfe

 

Pendant quelques jours, la France ne parle plus que de Jacques Chirac. De son histoire personnelle. De ses réussites. De ses échecs comme ses terribles années 1995-1997 commencées par les grandes grèves et achevées dans une dissolution ratée. De sa famille. De son goût pour les arts premiers. Et surtout de son refus de toute porosité avec le Front National, de sa détestation du racisme, de l’antisémitisme, et de son empathie pour chaque français, notamment les plus démunis. Ce qui l’a conduit en tant que Maire de Paris à créer le Samu social. Institution qui a été renforcée par Bertrand Delanoë et par Anne Hidalgo. Mais Jacques Chirac, restera également pour beaucoup de Français, celui qui a su dire non à la seconde guerre du Golfe. À cette guerre préventive voulue par les Américains et basée sur des photos truquées de pseudo-installations nucléaires en Irak, comme l’a révélé plus tard Colin Powell. Celui-là même qui avait bataillé avec Dominique de Villepin à la table du conseil de sécurité des Nations Unies.

Ce moment d’unité nationale, entretenu par le système des chaînes d’information en continu, a totalement éclipsé la présentation du budget par les deux principaux locataires de Bercy. Même si celui-ci ne réserve aucune surprise par rapport à ce qui avait filtré au cours des dernières semaines. Ce budget a un grand mérite, c’est qu’il contient bien une baisse de l’impôt sur les sociétés qui passe de 33 à 31 %. Même si l’on reste loin des promesses électorales d’Emmanuel Macron visant à le faire revenir à 25 %. En outre, si l’on en croit les instances patronales, ces 2 milliards d’euros de dépenses en moins pour les entreprises seront compensés en partie par la suppression de certaines niches fiscales. Notamment la taxation du fioul pour les entreprises de bâtiment et de travaux publics.

 

Une nouvelle copie de la réforme des retraites en préparation

 

En raison du décès de Jacques Chirac, Emmanuel Macron n’a pas pu se rendre à Rodez afin d’y tenir la première réunion d’explication de la réforme des retraites avec des Français de tous horizons, à la manière du grand débat. Il reste qu’à l’Élysée on s’inquiète des mobilisations de plus en plus nombreuses à l’égard de cette réforme. Sur deux aspects bien précis : l’universalité, alors que les professions, ou les carrières ne sont pas partout les mêmes. Et le mode de fixation de la valeur du point qui permettra à l’État de faire, plus tard des économies sur le dos des retraités. Selon les informations de WanSquare, il est même aujourd’hui question de demander à Jean-Paul Delevoye de revoir sa copie de manière à régler ces deux points de crispation des Français.

Il est clair qu’Emmanuel Macron a délibérément placé son Acte II sous la nécessité de la paix sociale. Car les violences qui ont encore émaillé les dernières manifestations de "gilets jaunes" témoignent d’une France éruptive, à mille lieues de celle que Jacques Chirac avait réussi à constituer lors de son second mandat de Président de la République. La porte est donc étroite pour Emmanuel Macron qui doit poursuivre quelques grandes réformes sans brusquer le corps social, ni réveiller les cendres encore chaudes du mouvement de jacquerie qui a débuté il y a onze mois et qui l’a obligé à pratiquer un choc de la demande à hauteur de 17 milliards d’euros.

 

Vers un secrétariat d’État à l’immigration ?

 

À cela s’ajoute sa volonté de parler à tous les Français d’immigration. Ce qu’il avait dit il y a une quinzaine de jours aux députés de son parti et ce qu’il a redit à quelques journalistes depuis l’assemblée générale des Nations Unies à New York. Selon les informations de la Lettre de l’Expansion, l’Élysée envisagerait même la création d’un secrétariat d’État à l’immigration. Naturellement en agitant ce chiffon rouge, Emmanuel Macron risque de jouer avec le feu en créant la division au sein de son parti et en se droitisant encore davantage. Cela a le mérite pour lui, de ne laisser aucun espace politique pour celui qui sera chargé de reconstruire les Républicains ou même pour une personnalité appréciée de beaucoup de Français, comme Xavier Bertrand. Mais cela témoigne, sans ambiguïté de ses ambitions présidentielles pour 2022, en faisant ce que Lionel Jospin n’a pas voulu faire en 2002 et qui lui aurait permis d’éviter d’être laminé par Jean-Marie Le Pen.

Au chapitre économique, il est important de noter que la plupart des marchés boursiers demeurent à un niveau élevé, soutenus par des taux très bas, un afflux de liquidités et des chiffres macroéconomiques qui restent encourageants. Et cela malgré les incertitudes géopolitiques qui pèsent sur le Moyen-Orient, sur Hong Kong, sur les relations sino-américaines et sur la question – désormais essentielle – du changement climatique. De fait de plus en plus de grandes voix redoutent l’éclatement de la bulle propre aux valeurs technologiques. C’est le cas de Steve Schwarzmann, le patron et fondateur de Blackstone qui investit de plus en plus de l’immobilier. Et comme beaucoup d’autres qui ont été échaudés par la mésaventure de WeWork, d’abord survalorisé, avant de devoir renoncer à une introduction en Bourse au grand dam de tous ceux qui lui avaient apporté des fonds.

 

Bon état d’esprit à Pékin avant la reprise des discussions commerciales

 

S’agissant des questions commerciales, la Chine est en contact étroit avec les États-Unis afin de préparer au mieux les négociations d'octobre, a déclaré jeudi le ministère chinois du Commerce. Les entreprises chinoises ont effectué des achats importants de soja et de porc américains, a souligné le porte-parole du ministère, Gao Feng, ajoutant que ces achats étaient exemptés de droits de douane. Les négociations commerciales sino-américaines doivent reprendre à Washington dans la semaine du 7 octobre, a annoncé lundi le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin. Un accord commercial avec la Chine pourrait être conclu plus tôt qu'on ne le pense, a déclaré mercredi Donald Trump à la presse, après avoir fustigé la veille les méthodes de Pékin à la tribune de l'Onu.

Le nouveau camouflet reçu par Boris Johnson après la décision de la Cour Suprême britannique jugeant inconstitutionnelle la "fermeture" du Parlement pendant cinq semaines a relancé les spéculations sur les hypothèses d’un Brexit sans accord. Dans l'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord, la France risque de souffrir, a prévenu Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, dans un entretien accordé au Figaro et paru jeudi. Nous avons 12 milliards d'euros par an d'excédent commercial avec ce pays. Un hard Brexit entraînerait une perte de 3 milliards d'euros pour les exportateurs français, a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux au quotidien économique. De fait, l'impact sur la croissance française ne sera donc pas neutre. Selon le président de l'organisation patronale, la croissance prévue à 1,3 % en 2020 pourrait être amputée de 0,2 point de pourcentage, en cas de hard Brexit. Dans cet entretien, le président du Medef rappelle que la France dénombre 3 300 filiales d'entreprises implantées au Royaume-Uni. En outre, 30 000 entreprises françaises y exportent et 70 000 importent des marchandises d'outre-Manche.

 

Bruno Le Maire presse Berlin d’investir

 

C’est dans ce contexte que Bruno Le Maire a salué jeudi les décisions prises par la Banque centrale européenne pour soutenir une économie de la zone euro à la peine et a de nouveau exhorté l'Allemagne à utiliser ses marges de manœuvre budgétaires pour prendre le relais de la politique monétaire. Nous soutenons les décisions courageuses prises par la Banque centrale européenne et par son président parce que nous estimons que ces décisions étaient les seules responsables pour éviter une nouvelle dégradation de notre environnement économique, a déclaré le ministre français de l'Économie et des Finances.

Soulignant que la politique monétaire est nécessaire mais plus suffisante, Bruno Le Maire a jugé indispensable qu'une politique budgétaire volontariste fondée sur plus d'investissements prenne le relais dans les pays disposant des marges de manœuvre nécessaires. Une semaine après la tenue du cinquantième conseil économique et financier franco-allemand, à Paris, le ministre français a de nouveau pressé Berlin d'investir davantage pour tenter de contrer le ralentissement de l'économie de la zone euro, qui fait écho à une croissance mondiale pénalisée par les tensions commerciales, les incertitudes géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, ainsi que la perspective du Brexit.

 

Des divisions plus marquées au sein de la BCE

 

L'Allemagne doit investir et elle doit investir maintenant, le plus tôt sera le mieux. N'attendons pas que la situation économique s'aggrave pour prendre les décisions nécessaires, a-t-il déclaré. Pour tenter de redonner de la vigueur à une économie de la zone euro en difficulté, la BCE s'est engagée mi-septembre à procéder à nouveau à des rachats d'actifs aussi longtemps que nécessaire et a enfoncé son taux de dépôt un peu plus bas dans le négatif. Le président de l'institution de Francfort, Mario Draghi - qui cédera sa place à la Française Christine Lagarde en novembre - ainsi que le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, appellent également régulièrement la politique budgétaire à prendre le relais de la politique monétaire pour contrer le ralentissement économique.

Cela étant, François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a déploré une nouvelle fois la décision de l’institution de Francfort de reprendre ses rachats d’actifs obligataires, jugeant cette initiative injustifiée dans les conditions actuelles. Le gouverneur de la Banque de France, qui n’est généralement pas considéré comme faisant partie des “faucons”, a ainsi ajouté ses critiques à celles de tenants d’une politique monétaire plus restrictive, comme ses homologues allemands, autrichien et néerlandais. Je n’étais pas en faveur d’une reprise des rachats nets d’actifs cette fois-ci parce que je pensais que des rachats supplémentaires ne sont pas nécessaires à l’heure actuelle - et j’insiste sur le "à l’heure actuelle", a déclaré François Villeroy de Galhau, dans un discours en anglais à la Paris School of Economics, en évoquant notamment le niveau très bas des taux d’intérêt à long terme.

 

Villeroy de Galhau très critique sur les rachats d’actifs

 

La Banque centrale européenne (BCE) s’est engagée le 12 septembre à procéder à nouveau à des rachats d’actifs “aussi longtemps que nécessaire” et a enfoncé son taux de dépôt un peu plus bas dans le négatif dans le but de redonner de la vigueur à une économie de la zone euro en difficulté. François Villeroy de Galhau a souligné que les taux d’intérêt avaient continué de diminuer au cours des derniers mois, après l’arrêt de ses achats de titres sur les marchés à la fin du mois de décembre dernier. À ses yeux, la reprise du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE, a éclipsé les autres aspects de l’ensemble des mesures prises mi-septembre, comme le renforcement du pilotage des anticipations (forward guidance), qui désormais stipule explicitement que les taux resteront bas tant qu’il n’y aura pas de reprise de l’inflation.

Le gouverneur de la Banque de France a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’un changement de l’équilibre entre “faucons” et “colombes” au sein de la BCE mais plutôt d’une question d’analyse économique pragmatique et objective. Au-delà des débats au sein du conseil des gouverneurs, François Villeroy de Galhau a jugé qu’il fallait insister sur un message simple qui a fait l’unanimité : la politique monétaire a, une fois de plus, accompli son devoir et il incombe désormais aux autres acteurs d’en faire autant, et notamment à la politique budgétaire. Le gouverneur de la Banque de France, qui réaffirme régulièrement cette position, a rappelé que le président de la BCE Mario Draghi avait une nouvelle fois lancé un tel appel la veille lors d’une audition au Parlement européen.

                                                                                                                                                 Yves de Kerdrel

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