WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Politique économique / Airbus / Boeing / Donald Trump / OMC / Bruxelles / Guerre commerciale

Politique économique
Airbus / Boeing / Donald Trump / OMC / Bruxelles / Guerre commerciale

Le paradoxe du patriotisme économique

Le grand paradoxe des replis protectionnistes, c'est bien que tout le monde y perd. En imposant des taxes à Airbus, c'est sa propre industrie que Washington pénalise.
Drapeau américain - Etats-Unis - bar
Drapeau américain - Etats-Unis - bar

Hier, la décision était très attendue par les marchés. L'Organisation Mondiale du Commerce a fini par trancher. Oui, Washington pourra imposer des taxes sur les biens européens, à hauteur de 7,5 milliards de dollars, soit 6,8 milliards d'euros, une nouvelle étape dans le conflit opposant Airbus à Boeing depuis déjà quinze ans.

Si les États-Unis imposent véritablement ces sanctions, que ce soit en totalité ou en partie, c'est bien une erreur de nature économique et politique que Donald Trump pourrait commettre. Économique car les études empiriques le prouvent, le protectionnisme ne fait que des perdants : l'augmentation des prix des importations pénalise les ménages défavorisés qui consomment en proportion davantage de produits importés. L'incertitude qu'induit naturellement le protectionnisme pèse à son tour sur l'investissement des entreprises et sur les marchés financiers. Politique enfin car le Président des États-Unis a officieusement entamé sa campagne présidentielle pour les prochaines élections, et ce patriotisme économique, couplé à la guerre d'ego qu'il alimente avec la Chine, lui portera défaut en rognant le pouvoir d'achat des Américains.

Le plus paradoxal, c'est que le Groupe Airbus, que les États-Unis accusent de bénéficier de subventions illégales du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne et de l'Espagne, comprend environ 40 % de composants américains, ce qui représente près de 50 % de la valeur totale des avions. Chaque année, Airbus achète pour plus de 13 milliards d'euros de composants d'origine américaine sur un total de 24,5 milliards d'euros d'achats annuels à l'étranger. Ce qui fait des États-Unis le plus gros fournisseur non-européen d'Airbus. Les barrières douanières sont mauvaises pour la croissance, inefficaces pour l’emploi, dangereuses pour les équilibres géostratégiques, qui plus est lorsque celui qui les déclenche taxe en fait ses propres produits.

D'ailleurs, c'est la même chose pour Boeing. Le moteur est produit par Safran, les pneus par le groupe Michelin, le verre par Saint-Gobain. L'entreprise Auber et Duval, moins connue du grand public, est en charge des solutions métallurgiques. C'est pourquoi il reste à espérer que les Européens seront plus intelligents lorsque dans six mois, l'OMC fixera le montant des surtaxes que Bruxelles sera en droit d'imposer sur les importations américaines. À ce stade, tout porte à croire au contraire puisque la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, vient tout juste de déclarer : "Si les États-Unis décident d’imposer les contre-mesures autorisées par l’OMC, l’Union européenne n’aura d’autre choix que de faire la même chose." Ce sera l'escalade et tout le monde en sortira diminué.

 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article