Macro-économie / Taux / Brexi / Boris Johnson / OMC
Macro-économie / Taux
Brexi / Boris Johnson / OMC
Brexit : le plus dur reste à venir
L'accord de sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, que Theresa May ne sera jamais parvenue à faire voter par les députés du temps de son mandat, a été validé sans aucun encombre par la chambre des lords et des communes les dernières semaines, grâce à l'honorable majorité conservatrice issue des élections anticipées de mi-décembre. Le fougueux Boris Johnson a donc réussi la première partie de son pari, à savoir faire sortir son pays, à la date du 31 janvier 2020, comme il s'y était engagé pendant la campagne législative. Peu de temps après le feu vert de Westminster, la Reine Elizabeth elle-même donnait son assentiment royal au texte, suivi côté européen par la Présidente de la Commission européenne Urusula Van der Leyen, le Conseil européen et le Parlement de Strasbourg qui, le dernier devrait débattre du texte et le voter le 29 janvier prochain (il n'est besoin que de la simple majorité pour l'adopter).
Le plus dur commence désormais pour Boris Johnson et son gouvernement, qui ont promis de ne pas prolonger la période de transition au-delà du 31 décembre 2020. Pour rappel, à minuit ce vendredi, le Royaume-Uni quittera officiellement toutes les institutions communautaires (Parlement, Cour de Justice, Commission, etc.), mais pas immédiatement le marché unique, dont il sera tenu de respecter les règles tout au long d’une période de transition prévue de s’achever le 31 décembre 2020. À cette date, Royaume-Uni et UE devront avoir bâti le cadre de leur relation future et se séparer réellement. Or, pour nombre d’observateurs européens, le délai imparti (onze mois) est trop court pour y parvenir. Lors de sa visite à Downing Street mi-janvier, Ursula van der Leyen a ainsi averti Boris Johnson que malgré tous les efforts qui seront réalisés de part et d'autre de la Manche, il serait très improbable que le pays boucle un compromis en moins de douze mois. qu'il n'y parviendrait certainement pas.
"La ligne radicale défendue par le premier ministre, à savoir un retrait complet (hors de l’union douanière et du marché unique) et rapide du RoyaumeUni de l’UE, sera difficile à tenir", explique ainsi Jean-Luc Proutat, économiste chez BNP Paribas, dans une note. D’abord parce qu’elle va se heurter à une résistance politique forte, rappelle l'économiste. Qui explique que les tenants d'un Brexit dur sont certes majoritaires au Parlement mais minoritaires dans le pays (en raison du mode de scrutin 'first past the post'). Autre obstacle politique pour le gouvernement de "Bojo", la montée en puissance des partis nationalistes nord-irlandais, gallois et écossais globalement opposés au Brexit et favorables à un maintien de leur région dans l’UE. Les négociateurs anglais risquent ensuite d'être rapidement confrontés au principe de réalité. "Dans tous les domaines, de l’industrie, de l’agriculture, de l’énergie, des transports, des échanges de données, etc., les liens qui unissent le Royaume-Uni à l’UE sont régis par un vaste corpus législatif et réglementaire, comptant quelque 600 dispositifs. Ils impliquent le respect mutuel de normes (techniques, sociales, sanitaires, environnementales) et de droits (d’appellations d’origine de propriété intellectuelle…). La tâche consistant à les défaire pour leur substituer, au cas par cas, des accords tarifaires ou de coopération, sera lourde et complexe", poursuit l'économiste. Sachant que le négociateur en chef, Michel Barnier, a maintes fois répété qu’il n’accepterait aucune forme d’accord recouvrant un risque de distorsion de concurrence de la part des Britanniques. Enfin, il ne suffira pas pour le Royaume-Uni de négocier avec l'UE : en faisant cavalier seul, il aura aussi à renégocier avec 168 interlocuteurs différents tous les traités commerciaux (236 au total) que l’UE a conclus avec les pays tiers.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

