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Christine Lagarde BCE Francfort Taux négatifs

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Christine Lagarde et le fardeau des taux négatifs

Après avoir reproché à l'Allemagne de ne pas investir suffisamment, Christine Lagarde pourrait de nouveau marquer le coup ce soir à Berlin pour son premier discours en tant que présidente de la BCE. Mais le pays risque de lui rappeler le poids de la politique de taux négatifs sur l'ensemble de ses épargnants.
Wolfgang Schäuble
Wolfgang Schäuble

Christine Lagarde n’avait pas encore pris ses fonctions de présidente de la BCE qu’elle taclait déjà l’Allemagne, déclarant mercredi dernier que les pays "qui ont de l’espace budgétaire n’ont pas vraiment fait les efforts nécessaires". Et d’ajouter sans détour, "on pense évidemment à des pays qui sont de manière chronique en excédent budgétaire, comme les Pays-Bas ou l’Allemagne". Des propos moins diplomates que ceux de son prédécesseur Mario Draghi, qui avait pourtant l’habitude de terminer sa conférence de politique monétaire en appelant les États à prendre leurs responsabilités pour soutenir la croissance. Affirmant à l’occasion que la politique monétaire ne pouvait être le seul moteur de la zone euro.

Ce soir, la désormais responsable de la banque des Francfort prendra la parole lors d’un événement organisé par Berlin en l’honneur de Wolfgang Schäuble, président du Bundestag et ancien ministre des Finances de la chancelière Merkel. Un homme que Christine Lagarde estime et considère comme son "ami", selon ses propres mots. Elle pourrait donc adoucir son propos, alors que la dernière décision de son prédécesseur de baisser le taux de dépôt en septembre dernier a fait grincer les dents de la classe dirigeante du pays. Et entraîné le départ de l’Allemande Sabine Lautenschläger membre du directoire de la banque centrale, opposée à cette décision.

Ce n’est pourtant pas la première fois que Christine Lagarde aborde le sujet des dépenses allemandes : en 2012, alors que Wolfgang Schaüble était encore aux Finances, et elle à la présidence du FMI, elle avait déclaré que le pays pouvait "se permettre d’aller un peu plus lentement que d’autres dans l’assainissement de ses finances publiques". Mais il n’est pas certain qu’elle sera cette fois écoutée et entendue, en tant que présidente de la BCE : suite à ses propos de mercredi dernier, le ministre des Finances Olaf Scholz s’est déjà défendu en affirmant que son pays avait augmenté les investissements de 30 % par rapport à la législature précédente, et ce, sans tenir compte des incitations à investir du paquet climat. Le terrain politique n’est lui non plus pas tellement favorable à ce que l’Allemagne prenne ses responsabilités en termes d’investissement avec le débat au sein des sociaux-démocrates sur l’opportunité de poursuivre la coalition avec la chancelière Merkel, très fragilisée par la poussée de l’extrême droite.

Surtout, l’Allemagne pourrait rétorquer qu’elle acceptera de faire de la relance budgétaire, si la BCE met fin à la politique de taux négatifs menée par Mario Draghi depuis 2014 et qu’il a accélérée juste avant de quitter son poste. Politique qui pénalise l’ensemble des épargnants du pays, que les banques allemandes sont désormais contraintes de taxer en répercutant sur eux une partie des taux négatifs. C’est le cas de la Caisse d’épargne de Munich, qui a annoncé fin septembre qu’elle taxerait les dépôts importants chez de nouveaux clients. Une pratique qui devrait se généraliser si l’on en croit les résultats du dernier stress test publié fin septembre par les deux régulateurs du secteur bancaire allemand – la Bundesbank et la BaFin : selon cette enquête réalisée auprès de 1.412 petites et moyennes banques, représentant 89 % des établissements de crédit et 28 % des actifs bancaires outre-Rhin, "la perspective d’un niveau historiquement bas des taux d’intérêt rend très probable une nouvelle baisse de leur rentabilité".

Un contexte délicat pour le secteur financier allemand et européen dans son ensemble, et que la nouvelle présidente de la BCE devra nécessairement prendre en compte dans ses prochaines décisions de politique monétaire. Rappelons qu'avant même que  Draghi ne baisse le taux de depôt à -0,5% en septembre dernier, les banques européennes perdaient 7,1 milliards d’euros par an par ce biais. La BCE pourra progressivement mettre fin à sa politique ultra accommodante, si les gouvernements acceptent de prendre le relais par des politiques de relance. 

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