Régulation / Concurrence / OCDE / états / business round table / tim cook / Apple
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L'inquiétante concentration de l'actionnariat dans les sociétés cotées
Les experts de l'Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) ont publié un nouveau rapport, long de près de cinquante pages, et dont les conclusions déconcertent : le secteur public et les investisseurs institutionnels détiennent plus de la moitié des 80.000 milliards de dollars que valent les 41.000 sociétés cotées en Bourse dans le monde.
D'abord, cela pourrait avoir des conséquences sur l'équilibre géopolitique mondial quand l'on sait l'importance des sociétés cotées en Bourse. À ce sujet, le rapport Owners of the World’s Listed Companies montre que l’Asie domine quant au nombre de sociétés cotées, puisque 57% des sociétés sont cotées dans une bourse asiatique et représentent ensemble 37% de la valeur globale de marché. Pour la valeur, le continent se fait talonner par les États-Unis qui restent le plus important marché en termes relatifs avec 36% de la valeur globale des sociétés, alors que seulement 10% d'entre elles y sont cotées. Le rapport, qui fournit une vue d’ensemble, note également que la plupart des marchés avancés ont enregistré une augmentation significative de la propriété des investisseurs étrangers au cours des dernières décennies. Par ailleurs, les investissements transfrontaliers représentent près du quart des investissements sur les marchés boursiers dans le monde, dominés par les investisseurs domiciliés aux États-Unis et en Europe.
Ensuite, l'identité des actionnaires nous donne un autre renseignement majeur, celui dont la façon dont les sociétés cotées sont gérées et la manière dont leur performance est examinée. Or, la majeure partie des investisseurs institutionnels détiennent de la capitalisation boursière sous forme d'indexation passive, et donc il peut paraître assez rationnel pour eux de ne pas se préoccuper des risques et des opportunités des entreprises individuelles. "Des ressources insuffisantes pourraient ainsi être affectées à une des fonctions clef du marché : surveiller la performance individuelle des entreprises et apporter du capital aux nouvelles entreprises indépendantes pour les aider à croître", peut-on lire.
D'autre part, puisque le secteur public détient 14% des sociétés cotées - les institutionnels en détiennent 41% -, soit par le biais de fonds souverains, de fonds de pension publics et d'entreprises d'État, soit par le biais d'une propriété directe du gouvernement, la structure actionnariale globale en dit long sur l'influence politique sur les sociétés cotées. Dans près de 10% des plus grandes sociétés cotées au monde, le secteur public détient plus de 50% des actions, précise le rapport, et c'est pourquoi il serait pertinent d'étudier comment les priorités politiques des gouvernements influencent directement et indirectement les décisions des entreprises.
D'un côté, que l'institutionnel et le public soient ensemble omniprésents au capital des plus grandes firmes, pourrait engendrer des externalités positives, notamment dans le cas d'une meilleure protection de l'environnement, ou bien pour ériger des garde-fous solides lorsque des entreprises malveillantes poussent à la consommation de produits nocifs. Si rien n'est dit de ce côté-là, il faut dire en tout cas que la présence directe ou indirecte des gouvernements au capital des plus grandes sociétés a visiblement peu d'impact sur le respect de leur premier devoir, celui de payer des impôts.
À ce titre, le PDG d'Apple Tim Cook - qui utilise toujours le système fiscal irlandais - fait d'ailleurs partie des nombreux signataires en août de la déclaration en faveur d'un capitalisme des parties prenantes à la fameuse Business round table aux États-Unis. Jusqu'ici et selon la charte publiée depuis 1978, l'entreprise existait pour servir ses actionnaires. Désormais, l'entreprise "sert à offrir de la valeur à ses clients, avec une rémunération équitable de ses employés et des avantages importants. Nous [les signataires, NDLR] protégeons l'environnement en adoptant des pratiques durables, nous faisons preuve de transparence tout en nous engageant à apporter de la valeur ajoutée à nos actionnaires". Sur les cinq priorités de la déclaration, les actionnaires interviennent maintenant en toute dernière position.
L'actionnariat public est prédominant dans les sociétés cotées, et c'est pourquoi son étude détaillée nous renseigne sur l'influence politique des gouvernements sur l'économie mondiale. En revanche, il ne faut pas compter sur sa présence pour influer sur les volets qui tiennent au bien-être de nos sociétés eu égard d'abord au respect des grandes firmes vis-à-vis de la fiscalité. Surtout, ces dernières viennent de relayer au dernier rang la satisfaction des porteurs de parts dans leurs priorités majeures, et ainsi le pouvoir de pression des États.
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