Taux - Dette Souveraine / Agence de notation / états / Union européenne / dette publique / solvabilité
Taux - Dette Souveraine
Agence de notation / états / Union européenne / dette publique / solvabilité
Quelle solvabilité pour les pays de l’UE ?
La crise économique liée au coronavirus risque de nuire davantage à la croissance économique et aux finances publiques que la crise financière mondiale de 2008-2010. C’est du moins ce à quoi s’attend S&P Global Rating. Il est cependant "trop tôt pour juger dans quelle mesure les retombées de la pandémie ont durablement marqué le tissu économique européen" précise le rapport.
Côté prévisions, l'agence de notation prévoit une dette publique augmentant de près de 20 % du PIB pour les grands souverains développés cette année, et de 14 % pour la zone euro en moyenne. Le PIB de la zone euro devrait, lui, se contracter de 7,8 % cette année et rebondir de 5,5 % en 2021. Pour le Royaume-Uni, les auteurs de l’étude prévoient une contraction du PIB à 8 % cette année, suivie d’un rebond à 6,5 % en 2021. Mais "cela suppose que d'ici la fin de l'année, le Royaume-Uni et l'UE s'entendent sur un accord de libre-échange similaire à celui que l'UE a conclu avec le Canada ".
Les auteurs estiment cependant que la solvabilité des États dépend davantage de leur marge de manoeuvre monétaire, de leur position extérieure et de leur résilience économique que de leur ratio dette publique/PIB à un moment donné. Mais leur notation dépend aussi d’autres aspects, tel que le coût moyen de leur dette, l'échéance de l'encours de la dette, la part de la dette en devises étrangères et les avoirs des non-résidents en matière de dette publique. En prenant en compte ces critères, l’agence a pu réviser ses perspectives.
Désormais, "la plupart des perspectives des 30 souverains européens développés que nous notons sont stables, avec seulement une perspective positive (Estonie) et deux perspectives négatives (Italie et Slovaquie)". Cependant par rapport à 2007, les notations des pays européens développés divergent toujours beaucoup plus : 12 crans séparent la Grèce notée BB du Danemark, de l'Allemagne, du Liechtenstein, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Norvège et de la Suède notés "AAA". Les faibles notations concernent en particulier les économies qui, déjà avant crise, avaient une consolidation budgétaire insuffisante ou une dette publique élevée, et qui en conséquence se sont retrouvés plus limités sur le plan budgétaire pour faire face à l'impact économique de la pandémie COVID-19. D’autres États, en particuliers ceux bien notés, ont en effet pu débloquer plus de budget pour relancer et soutenir leurs économies, et de fait on peut s’attendre à une reprise plus rapide chez ces pays, et donc de meilleures perspectives en termes de solvabilité.
En effet, la solvabilité des États dépendra surtout du rythme de la reprise économique. Cependant cette reprise dépend aussi de l’évolution de la pandémie. "La pandémie restera une menace dans les pays développés en Europe jusqu'à ce qu'un vaccin ou un traitement efficace soit largement disponible. Cela pourrait ne pas se produire avant le second semestre 2021, voire plus tard, de nouvelles vagues du virus menaçant une reprise économique plus forte dans l'intervalle".
Ainsi les auteurs anticipent deux scénarios : si les Etats parviennent à relancer leurs économies, redresser leurs bilans et que l’épidémie ne s'intensifie pas, les notations devraient se maintenir aux niveaux actuels en 2021-2022 ; à l’inverse, si l’épidémie persiste, alors une relance supplémentaire serait nécessaire, et la croissance serait plus lente, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur la solvabilité des États.
Dans le premier scénario, l'Allemagne, ainsi que les Pays-Bas, se redresseraient relativement rapidement, avec un PIB atteignant les niveaux de 2019 au dès début de 2022. Prévision de croissance rapide en Allemagne grâce aux faibles taux d’infection par habitant, au soutien de l’industrie, et au soutien budgétaire massif de l'État allemand, représentant plus de 30 % du PIB, de loin le plus élevé d'Europe. À l’inverse l’Italie, et dans une moindre mesure la France et l’Espagne devraient retrouver les niveaux de PIB de 2019 que fin 2022 principalement en raison de leur dépendance à l’égard des services et en particulier du tourisme, directement affecté par la pandémie (fermeture des frontières…).
Enfin l’étude précise aussi que "les tensions commerciales mondiales, par exemple celles qui existent entre les États-Unis et la Chine, sont toujours élevées, à notre avis, et pourraient nuire à la reprise en Europe ". D'autres aspects pourraient y nuire, comme la manière dont les politiques fiscales seront menées. Par exemple, retirer trop tôt les mesures fiscales de soutien pourrait casser la relance, tandis que les laisser trop longtemps fragiliserait la stabilité budgétaire des États et donc leurs solvabilités.
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