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S&P Fitch Moody's

Taux - Dette Souveraine / OAT / Agence de notation / Agence France Trésor

Taux - Dette Souveraine
OAT / Agence de notation / Agence France Trésor

Le paradoxe des taux français

Les taux à dix ans de l'Hexagone se rapprochent de leur plus bas historique, au moment où l'endettement du pays devrait atteindre un niveau record. Explications.
Graphe en baisse
Graphe en baisse

Les finances publiques de l'Hexagone n'ont jamais été aussi dégradées et la facture s'est encore alourdie ces derniers jours avec l'annonce de nouvelles mesures de confinement partiel. Ce matin, le ministre des finances Bruno Le Maire a ainsi chiffré à deux milliards d'euros le coût des restrictions sanitaires supplémentaires, dont le couvre-feu. La dette française, qui a atteint un sommet historique de 2638,3 milliards d'euros au second trimestre 2020, soit 114,1% du PIB et 12,7 points de plus qu'au premier trimestre, va donc continuer de s'envoler. Elle devrait culminer autour de 117,8% du PIB en 2024, selon les prévisions du gouvernement.

Dans le même temps pourtant, le pays bénéficie de taux d'emprunts au plus bas, le 10 ans français se traitant à un niveau proche de son record : en milieu de matinée, l'OAT dix ans s'échangeait autour de -0,3%, contre -0,1% fin août et alors que les titres français avaient commencé l'année en territoire positif. Rappelons que les taux français à 10 ans avaient atteint un plus bas en août 2019 (- 0,44%), à l'époque où les marchés anticipaient une nouvelle baisse du taux de dépôt de la BCE. Comment expliquer cet apparent décalage entre l'état de nos finances publiques et le coût auquel notre pays emprunt ?

La politique monétaire extrêmement accommodante instaurée depuis le début du confinement a contribué à la baisse généralisée des taux du Vieux Continent : au 16 octobre, la BCE avait ainsi acquis pour 600 milliards d'euros d'obligations souveraines et corporate via son programme d'achats d'urgence pandémique, ou PEPP, instauré le 24 mars 2020. L'enveloppe initiale de 750 milliards a été augmentée une première fois, en juin dernier, à hauteur de 600 milliards, et pourrait de nouveau être accrue lors de la réunion de décembre prochain. "Le montant global du PEPP est supérieur au déficit total des États de la zone euro pour cette année", explique ainsi Jean-Christophe Machado, stratégiste chez Natixis. "Les achats de la BCE devraient atteindre 12% du PIB de la zone euro, et le déficit de la zone entre 9% et 10% du PIB", poursuit le stratégiste. La Banque centrale peut donc acheter une grande partie du déficit des pays de l'eurozone, ce qui explique la réaction des marchés souverains de l'UE depuis la fin du mois de mars.

Une seconde vague de dégradation souveraine par les agences ?

Le risque de hausse des taux est donc pour le moment limité pour la France, comme pour les autres pays de la zone euro. "Les agences de notation ne sont pas inquiètes pour les finances publiques de la France, du moins pour cette année", explique encore le stratégiste de Natixis. L'annonce d'un fonds de relance européen de 750 milliards d'euros a également contribué à rassurer les agences : S&P a d'ailleurs positivement réagi suite à l'annonce d'un accord entre les 27 en juin dernier, estimant que le soutien de l'UE devrait aider les États à remonter la pente et rétablir leurs finances publiques.

Dans les prochains mois et les prochaines années, les agences, conscientes du caractère exceptionnel de cette crise sanitaire, seront néanmoins attentives à la trajectoire des finances publiques. "Le principal sujet sera de savoir comment évoluent les finances publiques des États. Si nous voyons la trajectoire comme établissant un modèle structurel plus différent, alors il y aura quelques changements de notation", a ainsi averti le Managing Director de S&P Roberto Sifon-Arevalo, dans une interview à Reuters mi-octobre. De ce point de vue, les prévisions du gouvernement concernant l'évolution de la dette française ne sont pas très bonnes : celle-ci devrait atteindre 116,2% l'an prochain, puis 116,8% en 2022, pour culminer à 117,8% en 2024. Dans cinq ans, le gouvernement prévoit que notre dette sera toujours située à 117,4% du PIB. Moody's a dégradé la perspective de la France de "positive" à "stable" en février, tandis que Fitch l'a dégradée à "négatif" en mai dernier. Fitch est la dernière agence à devoir encore publier une revue pour l'Hexagone cette année : la publication est prévue le 13 novembre et l'agence ne devrait a priori pas modifier la perspective française, ayant déjà sévi en mai.

Mais une seconde vague de dégradation est à prévoir l'an prochain, comme l'a laissé entendre Roberto Sifon-Arevalo. Les taux français pourraient dans ce cas légèrement remonter. Selon les anticipations de Natixis, le 10 ans français devrait progressivement remonter, autour de 0,09% en juin pour finir l'année 2021 vers 0,32%. Des taux encore extrêmement bas donc, qui ne devraient pas nuire à la capacité d'emprunt de l'Hexagone. Une bonne nouvelle, puisque l'Agence France Trésor a prévu de lever un record de 260 milliards l'an prochain.

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