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Isabelle Kocher / Engie

Isabelle Kocher se confie sur le virage écologique d'Engie

D'un conglomérat du gaz et de la production d’électricité à un champion de la transition énergétique, il y a eu du chemin. Aux manettes depuis un peu plus d'un an, la PDG se confie sur les obstacles et les réussites.
Isabelle Kocher - Engie
Isabelle Kocher - Engie

En fin de semaine dernière, l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) organisait plusieurs tables rondes pour ses entretiens annuels au Pavillon Cambon sur le sujet de la finance durable. Parmi les invités, l'auditoire écoutait alors - entre autres - la vision de Laurent Mignon, président du directoire de BPCE, Myriam Durand, directrice générale de Moody's France, Nicolas Huet, secrétaire général et membre du directoire d'Eurazeo ou encore Isabelle Kocher qui s'est livrée à un rappel historique de la conduite écologique du Groupe qu'elle dirige, Engie.

"Le climat est devenu un défi dont nous avons désormais conscience qu'il faut le relever d'urgence et qui doit mobiliser toutes les énergies", nous a dit en guise d'introduction le président de l'AMF Robert Ophèle. Celles des épargnants qui doivent pouvoir prendre en compte les critères ESG dans leur choix d'investissement, celles de tout l'écosystème de l'intermédiation financière qui doit accompagner de façon efficace la chaîne entre les émetteurs et les investisseurs finaux, et celles aussi des entreprises qui doivent réorienter leur appareil productif. Engie, qui s'était retrouvée de plus en plus décalée par rapport à la préoccupation montante du réchauffement climatique, a choisi de changer véritablement son modèle en 2013.

Ce virage stratégique s'est constaté assez durement dans les métriques du Groupe, qui a perdu en trois ans près des deux tiers de son résultat net. "La tentation première, c'est de se dire que cela va passer. C'est un simple effet de mode, restons comme nous sommes. Puis, nous avons compris que c'était un véritable changement de paradigme", explique Isabelle Kocher. Alors Engie a évalué ses options, la première, vite écartée, étant bien celle de prolonger encore plus loin le modèle en jouant la fin de cycle pour Engie, premier producteur d'électricité thermique au Monde. Il y avait un autre scénario, c'était de profiter de sa présence internationale pour se convertir comme un modèle de transition zéro carbone. Ce sur quoi Engie s'est lancée, en prenant un parti. "Le point critique le plus aigu de la transition zéro carbone, je vais peut-être vous surprendre, mais ce n'est pas de décarboner le mix. Il faut le faire bien sûr, mais le plus compliqué c'est que ce soit rentable pour les clients", explique la PDG.

Le fait est que l'énergie décarbonée est plus chère, et la facture pour le consommateur final augmentera indiscutablement. "Preuve en est, la tension qui monte vis-à-vis du prix de l'énergie avec cette confrontation générationnelle entre la fin du monde et la fin du mois, alors que les deux sont vrais". Finalement, Engie a transformé l'objectif initial de décarbonisation en celui de minimiser la consommation énergétique de ses clients, tout en demandant à ses actionnaires trois ans pour parvenir à inverser la tendance. De mai 2016 à fin 2018, Engie a déroulé un plan de cessions-acquisitions de 15 milliards de dollars pour sortir du charbon et du pétrole, comprenant une refonte managériale, géographique et des métiers.

"Ce qui est particulièrement encourageant, c'est que nous avons tout de suite eu une prime de la part de nos clients. Nous avons retrouvé de la croissance organique presque immédiatement". Plus intéressant encore, c'est ce qu'appelle Isabelle Kocher "la prime des talents". Les jeunes en particulier sont presque radicaux sur le sujet écologique. "Parfois j'ai l'impression que c'est moi qui passe un entretien d'embauche", explique ironiquement la PDG. "Est-ce que c'est vrai ? Que faites-vous réellement pour parvenir à cette transition ?", interrogent les talents. Engie recevait en moyenne 250.000 CV spontanés à l'année en 2015, les ressources humaines doivent désormais en éplucher en moyenne 700.000 chaque année, depuis le virage écologique, selon les données dévoilées par Isabelle Kocher.

Du côté des investisseurs, "la réponse est mitigée". "Dans les flux, le marché déteste la discontinuité et la prise de risque. Nous avons serré les dents pendant deux ans avec une dynamique boursière négative au début", admet Isabelle Kocher. Cette dernière croit qu'il faut parvenir à ce que ce décalage temporel cesse, car c'est une barre à passer qui est trop haute. "Il faudrait donner plus de capacités aux individus pour qu'ils investissent leur épargne comme ils le souhaitent". Bien sûr, tout ce plan ambitieux a davantage été élaboré avec son prédécesseur Gérard Mestrallet, le président du groupe jusqu’en mai 2018, mais Isabelle Kocher, qui a gravi les échelons un à un chez Suez puis GDF Suez avant de prendre la direction du groupe rebaptisé Engie, l'orchestre désormais seule.

Sur les neuf premiers mois de l'année, l'Ebitda d'Engie a progressé de 4,9% à 7,1 milliards d'euros. Le résultat opérationnel courant a pour sa part bondi de 9% à 3,8 milliards, avait alors indiqué l'énergéticien dans un communiqué. Le premier fournisseur de services d’efficacité énergétique et deuxième fournisseur de services à l’environnement ​​​​​​a aussi confirmé ses objectifs 2019 puisque le groupe continue de tabler sur un résultat net récurrent compris entre 2,5 et 2,7 milliards d'euros. Il faut noter aussi que la sortie progressive de l'État français actionnaire, qui détient encore 24% du capital, lui permettra de se détacher définitivement des infrastructures gazières dont les prix sont régulés par l'État, pour investir dans des filières nouvelles telles que l'hydrogène et le biométhane.  

 

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