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Eiffage / Chine
Aéroport de Toulouse : un cadeau empoisonné pour Eiffage ?
C'est la fin de l'épilogue d'une privatisation entièrement manquée, d'ailleurs l'unique achevée lors du mandat d'Emmanuel Macron en tant que ministre de l'Économie, sous le quinquennat Hollande.
C'est en janvier que le Chinois Casil a annoncé revendre ses parts de l'Aéroport de Toulouse Blagnac (ATB), soit 49,99% du capital, pour pas moins de 450 millions d'euros, après l'avoir acheté quatre ans auparavant 308 millions. Quatre mois plus tard cette année, le Groupe allouait l'exclusivité des négociations à Eiffage, qui s'engageait en retour à acquérir la totalité des actions détenues par le consortium chinois, lui donnant un certain coup d'avance par rapport à Vinci Airports et Ardian qui s'étaient aussi montrés intéressés.
Les choses viennent enfin de se clarifier puisque l'Autorité de la concurrence a donné son accord au rachat par Eiffage des parts de Casil, ce qui rassure les élus locaux en attente d'une gestion plus collective. De toutes les façons, ça ne pourra pas être pire. D’abord, l’investisseur a préféré faire les poches d’ATB plutôt que de l’aider à se développer : au seul titre de 2018 l’assemblée des actionnaires a voté la distribution de près de 14 millions d’euros de dividendes, soit l’intégralité du résultat net annuel. Deux fois plus qu’en 2017, quand 1,5 million avait été tiré directement des réserves financières de l’aéroport.
Ensuite, ces trois dernières années ont été marquées par une hausse significative des vols de nuit, faisant exploser les plaintes de riverains pour nuisances sonores. Sans compter les problèmes linguistiques relevés rapidement par la Cour des comptes : "le comité des rémunérations, des nominations et de la gouvernance est présidé par un représentant de Shandong Hi-Speed, qui ne parle ni Français, ni Anglais." Sans compter aussi l'absence douteuse du PDG de Casil Europe pendant plus de deux ans, que tout le monde soupçonnait derrière les barreaux.
Enfin, il y a eu le juridique. Au mois d'avril, la Cour d’appel de Paris reprochait à Casil Europe de s’être délaissé de son associé SNC Lavalin lors de l’offre finale faite en 2015, comme cela avait été conduit lors de l’offre indicative. Sa décision n’avait pas d’impact en elle-même sur l’application du contrat passé entre l’État et Casil Europe, mais cette actualité faisait perdre encore un peu plus de crédibilité au gouvernement d’alors sur le bien-fondé de la cession à cet actionnaire sans expérience, et plus généralement sur le bien-fondé des privatisations d'industries stratégiques.
Bref, voilà ce que le Groupe Eiffage récupère, un bien public abîmé par l'imprudence. Le repreneur devra pourtant avoir les reins solides pour tenir la première liaison d’Europe avec 9,6 millions de passagers en 2018 et le premier aéroport Business de France. Il faut désormais espérer que les choses reviennent dans l'ordre pour cet Aéroport qui nécessite des investissements de maintenance courants, puisqu'il partage aussi les pistes d'essais des usines d'Airbus.
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