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Macro-économie / Taux / Dette / Argentine

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Dette / Argentine

Pourquoi l'Argentine est de nouveau en défaut de paiement

Vendredi dernier, le pays a différé au mois d'août le paiement de 9 milliards d'euros de dette libellée en dollars. Les principales agences de notation ont immédiatement dégradé la note du pays pour le classer en "défaut sélectif". Retour sur les principaux facteurs de la crise économique argentine.
Pesos argentin - argentine - émergents
Pesos argentin - argentine - émergents

L'histoire se répète. Dix-huit ans après avoir été en défaut de paiement, l'Argentine a annoncé vendredi soir dernier qu'elle ne pourrait honorer 9 milliards d'euros de dette, à court terme, et reporté la promesse de remboursement au mois d'août 2020. "Nous ne pouvons pas faire face et payer les obligations qui tombent", a déploré M. Fernandez, le nouveau chef de l'État argentin, élu le 10 décembre. "L'Argentine s'est retrouvée sans dollars, c'est déjà arrivé", a expliqué M. Fernandez pour tenter de rassurer les investisseurs. La sentence des principales agences de notation ne s'est pourtant pas fait attendre, S & P et Fitch ayant toutes deux dégradé la note du pays à "SD" ou selective default, dans la foulée de l'annonce du président argentin. Comment l'Argentine, dont l'activité devrait se contracter de 3% cette année selon les estimations du FMI, avec une inflation de 55% environ, un taux de pauvreté autour de 40%, un taux de chômage à 10,4% et une dévaluation de la monnaie de près de 40%, en est-elle arrivée là ?

Deux éléments ont contribué à plonger le pays en récession et le pousser à faire défaut. Une erreur de politique monétaire tout d'abord. À son arrivée au pouvoir fin 2015, l'ancien président Macri a effectivement décidé de mettre fin au contrôle des changes et de capitaux et rendu le pays beaucoup plus vulnérable aux chocs financiers extérieurs. Du coup, lorsque la Fed décide de relever ses taux à l'automne 2018, l'Argentine est frappée de plein fouet : la décision de Jerome Powell, en ravivant l’intérêt des investisseurs pour le dollar, a engendré une vente massive du peso et donc une dépréciation de près de 50 % par rapport au dollar sur les neuf premiers mois de 2018. Dans une moindre mesure, l'inflation est également la conséquence de la hausse des tarifs publics (et notamment de l'électricité), décidée par l'ex-gouvernement pour mettre fin aux politiques de subventions publiques, qui plombaient les comptes de l'État. Une politique de redressement des comptes voulue par l'ex président, qui est effectivement parvenu à faire passer le déficit public de 5% à 0,5% du PIB et a quasiment multiplier par deux les réserves internationales, actuellement de 43,8 milliards de dollars, contre 25,5 milliards à son arrivée fin 2015. Cette politique de rigueur a malheureusement entraîné une forte baisse de la consommation des ménages et de l'investissement des entreprises, qui ont fortement pesé sur le rythme de croissance du pays.

Un second facteur extérieur a achevé de paniquer les investisseurs et pousser le pays au défaut. La lourde défaite du président Macri lors des législatives de cet automne, et l'arrivée d'Alberto Fernandez et de sa colistière Cristina Kirchner (désormais vice-présidente) ont affolé les investisseurs et fait plonger le peso face au dollar, les marchés redoutant que le nouveau président n'adopte la même politique que l'ancienne présidente, qui avait laissé filer l'inflation pour financer des mesures populistes désastreuses pour l'économie argentine. Alberto Fernandez s'est pourtant révélé bon gestionnaire depuis son arrivée, et immédiatement décidé de gérer le sujet brûlant de l'endettement du pays. La dette publique se monte à quelque 330 milliards de dollars, soit près de 90% du PIB, dont 44 milliards auprès du Fonds monétaire international. En 2018, le FMI a en effet accordé un prêt sur trois ans de 57 milliards de dollars à l'Argentine, en échange de mesures d'austérité qui ont achevé de peser sur l'économie du pays. Las, malgré sa volonté d'honorer ses créanciers et d'entamer le désendettement du pays, la pression des marchés l'a contraint à demander un moratoire, vendredi dernier donc.

En attendant de pouvoir rembourser les 9 milliards, le président a fait voter toute une série de mesures d'urgence, pour "remettre son pays sur les rails". Les sénateurs argentins ont ainsi donné leur feu vert samedi dernier à un paquet législatif, qui sera en vigueur jusqu'au 31 décembre 2020, faisant mention de l'état d'urgence dans onze domaines, du secteur économique au secteur sanitaire. Parmi les mesures qui vont entrer en vigueur, des augmentations d'impôts pour les classes moyennes et supérieures, des incitations fiscales à la production ainsi que des avantages fiscaux pour les plus démunis. Le gouvernement va également instaurer une taxe de 30% sur l'achat de devises étrangères, sur les paiements et retraits à l'étranger avec une carte bancaire ou sur les abonnements en dollars à des services comme Netflix et Spotify. Enfin, le gouvernement argentin cherche par ailleurs à financer en urgence un plan de lutte contre la faim via la distribution de bons alimentaires pour plus de deux millions de personnes dans un pays qui compte 44 millions d'habitants. Des mesures qui n'ont pour l'instant pas convaincu experts et économistes, qui estiment qu'il s'agit avant tout de dispositions populistes, qui risquent surtout d'aggraver la situation. et de mener le pays vers un défaut total, au mois d'août prochain.

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