Politique monétaire / Mario Draghi / Banque centrale européenne / europe / Japon
Politique monétaire
Mario Draghi / Banque centrale européenne / europe / Japon
Les premiers mots de Mario Draghi
Voilà maintenant deux mois que Mario Draghi a quitté la présidence de la BCE. Et celui dont la parole a très souvent bouleversé l'évolution des marchés financiers de la zone euro, comme au moment de la crise de la dette, ne s'était toujours pas exprimé depuis son départ de Francfort. C'est chose faite, puisque l'ancien président était hier invité à participer à la rencontre annuelle de l'Americain Economic Association, aux côtés d'une autre ancienne présidente de banque centrale, Janet Yellen.
Interrogé sur les perspectives économiques du Vieux Continent, Mario Draghi a ainsi répété que sa plus grande crainte pour la zone euro était une "japonisation" de son économie, à savoir une faible inflation couplée à une croissance poussive. "Je pense que pour la zone euro, il existe un certain risque de japonisation, mais ce n'est en aucun cas une fatalité si elle agit de manière globale pour éviter un malaise déflationniste", a déclaré le président, qui s'exprimait par vidéo conférence alors que la réunion se tenait à San Diego. "La zone euro a encore des marges de manœuvre pour le faire, mais le temps n'est pas infini ", a-t-il ajouté. Et, comme il n'a cessé de le répéter pendant ses huit années de mandat, l'ancien président a de nouveau appelé les États à faire leur part du travail, afin que la politique monétaire puisse pleinement porter leurs fruits dans la zone euro. "La BCE n'a cessé de de plaider pour que les politiques budgétaires jouent un rôle plus important et profitent de la faiblesse des taux", a martelé Mario Draghi. "La zone euro n'est pas encore prise au piège de la déflation et il n'est pas trop tard pour l'éviter", a poursuivi le président, afin d'inciter les chefs d'État à prendre leurs responsabilités.
L'ex-responsable de la Fed, partie de la Réserve fédérale en janvier 2018, après que Donald Trump, dérogeant à la tradition du renouvellement de mandat, lui a préféré Jerome Powell, a elle aussi donné son avis sur la conjoncture américaine. Janet Yellen a ainsi déclaré que les États-Unis étaient prisonniers de la stagnation séculaire, avec un niveau d'épargne supérieur aux investissements, partiellement responsable de la faiblesse des taux. Le vieillissement de la population américaine et la faiblesse de la productivité ont également contribué à peser sur les taux et devraient continuer de les impacter à moyen long terme, a par ailleurs ajouté la présidente. Tout comme Mario Draghi, Janet Yellen a également affirmé que la politique monétaire ne pourrait suffire à relancer l'économie américaine, incitant l'État à pratiquer la dépense et réduire les impôts. Sur un ton plus alarmistes, l'ex présidente s'est également dit inquiète des risques d'instabilité financière, liée à la faiblesse des taux et a déploré le manque d'instruments macroprudentiels pour y faire face.
Alors que Janet Yellen, âgée de 73 ans, occupe désormais le poste de distinguished fellow au sein du Brookings Institute, Mario Draghi, de deux ans son cadet n'a pas encore repris du service. Interrogé sur ses futurs projets professionnels lors de sa dernière conférence de presse de la BCE fin octobre, l'ex-président avait répondu avec humour que pour la suite de sa carrière, mieux valait "demander à sa femme !" En réalité, selon le Code de conduite à l'usage de ses responsables de haut niveau, publié par la BCE en janvier 2019, Mario Draghi est tenu à une période de carence de 24 mois, durant laquelle il est contraint de demander l'autorisation de son ancien employeur pour partir dans le privé. "Les membres informent par écrit le président de l’organe de haut niveau de la BCE concerné et le comité d’éthique professionnelle de leur intention d’exercer une activité́ professionnelle rémunérée au cours de la période de deux ans suivant la fin de leur mandat ou la date de cessation de leurs fonctions en tant que membres d’un organe de haut niveau de la BCE", peut-on ainsi lire dans le Code, notamment destiné à améliorer la gestion des conflits d’intérêts potentiels. Sachant que ce Code de conduite interdit aux anciens membres d'exercer dans un établissement de crédit les 12 mois suivant la fin de leur mandat et tout autre établissement financier pendant six mois à compter de la fin de mandat. Enfin, il leur est interdit d'exercer au sein de "toute entité participant à des activités de défense d’intérêts en rapport avec la BCE, de conseil et/ou de promotion en faveur de la BCE qu’après l’expiration d’une période de six mois à compter de la fin de leur mandat ou de la date de cessation de leurs fonctions en tant que membres d’un organe de haut niveau de la BCE".
Si Jean-Claude Trichet avait rejoint le conseil d'administration d'EADS deux mois après son départ de Francfort, certains espèrent que Mario Draghi, plutôt que de partir dans le privé, se lancera dans la politique en Italie, où il est très apprécié. Mais sur le sujet, l'ex-président est resté évasif lorsqu'il a été interrogé fin octobre à Francfort.
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