Macro-économie / Taux / pétrole / Etats-Unis / Iran / Irak / géopolitique
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La réaction sur l'or noir est-elle démesurée ?
L'Iran a annoncé dimanche s'affranchir davantage de l'accord de 2015 sur le programme nucléaire et a dit ne plus se poser de limites en matière d'enrichissement de l'uranium. Ainsi, la République islamique choisit de riposter aux provocations de Donald Trump, responsable de l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani. C'est le dernier acte en date d’une brusque escalade des violences entre les deux pays, marqués aussi par l'attaque de l'ambassade américaine en Irak par des militants pro-iraniens, un énième épisode qui rappelle là où tout a commencé. En 1979, l'ambassade américaine de Téhéran était envahie par des émeutiers cautionnés par le régime de Khomeyni, et les employés retenus prisonniers par les Gardiens de la Révolution tentaient alors de s'en servir comme monnaie d'échange pour récupérer et juger le Chah réfugié aux États-Unis.
La menace d'un durcissement de l'embargo américain sur Téhéran, et plus généralement la montée des tensions dans la région du Moyen-Orient, inquiète les investisseurs qui ont fait grimper la prime de risque géopolitique sur le pétrole cette semaine. L'Iran, qui détient la quatrième réserve d'or noir dans le monde et occupe le deuxième rang mondial des pays producteurs de gaz naturel, pourrait aussi faire l'objet d'attaques contre ses infrastructures productrices, comme cela a déjà été le cas dans le détroit d'Ormuz, ou lorsqu'une installation de Saudi Aramco a été prise pour cible par des drones en septembre, provoquant la hausse du baril de brent de près de 15% en une seule séance. Pourtant, les investisseurs auraient tort d'exiger encore un supplément de rendement pour le pétrole qui a franchi la barre des 70 dollars, son plus haut niveau depuis mai 2019.
Il y a plusieurs raisons pour expliquer que la réaction des marchés semble exagérée. Bien sûr, la dépendance énergétique européenne vis-à-vis du reste du monde est encore forte, et plus particulièrement du Moyen-Orient et de la Russie, mais elle ne cesse de diminuer, d'abord en raison de l'apparition de nouveaux commerçants - essentiellement africains -, ensuite grâce à un virement stratégique vers les énergies renouvelables qui ont participé à réduire par deux l'intensité énergétique de notre économie. Par ailleurs, nous sommes encore loin de manquer de pétrole, l'une des principales préoccupations du précédent millénaire, devenue obsolète. Vingt-cinq ans après la date fatidique de 1995, l’humanité continue de brûler de l’or noir à qui mieux mieux, et entre les océans et le Grand Nord, notre planète recèle encore d’immenses espaces jamais explorés. Enfin, le conflit historique entre l'Iran et les États-Unis, a montré, en raison d'intérêts miroirs, que les deux pays parvenaient à calmer la situation avant que le drame véritable n'éclate. C'est pourquoi les investisseurs les plus aguerris feraient mieux d'attendre la suite des événements pour faire leurs jeux.
Il y a un autre évènement qui montre que le pétrole n'est plus l'or qu'il a été. En effet, les porteurs de part qui ont misé sur le pétrole par le biais de Saudi Aramco pour sa cotation il y a quelques semaines voient rouge. Le titre du pétrolier saoudien perdait un peu plus de 0,6% à 34,35 riyals, sur le Tadawul, la Bourse saoudienne, en fin de matinée. La lancinante question du "peak oil" - à quelle date la production commencera-t-elle à décroître et la ressource à manquer ? - ne se pose plus vraiment. Depuis près d'une décennie, elle a cédé la place à une autre, nettement plus engageante pour l’avenir de la planète : à quelle date la demande de pétrole commencera-t-elle à décroître ?
Finalement, c'est peut-être cette histoire oubliée qui nous en dira le plus sur les conséquences des tensions au Moyen-Orient sur les marchés des matières premières. Au XIXe siècle, alors que l’exploitation des mines de charbon battait son plein, il était fréquent de retrouver, au fond des mines, un canari. Très sensible aux émanations de gaz toxiques, impossibles à détecter pour les hommes ne bénéficiant pas des équipements modernes, le petit oiseau jaune servait d’outil de référence. Là encore, la métaphore est possible. C'est en effet l'or qui devrait remonter en raison des perturbations sur le pétrole et c'est pourquoi aujourd'hui, l'or a grimpé à un sommet de 2013 d'environ 1.588 dollars l'once.
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