Macro-économie / Taux / Japon / What if scenarios / JCER / géopolitique / Etats-Unis / covid-19
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Japon / What if scenarios / JCER / géopolitique / Etats-Unis / covid-19
Japon : de quoi sera fait demain ?
Le PIB revu à la baisse à cause de l’expansion de la dette
Dans son scénario dit "de base", le Japan Center for Economic Research (JCER) est revenu sur ses anciennes prévisions du mois de mars dernier : il a revu en baisse de 2,2% le montant PIB réel en 2035 par rapport au scénario précédent (541 200 contre 553 500 milliards de yen). Mise en danger par une baisse record de 6,8% en 2020, l’économie japonaise ne devrait retrouver son niveau pré-Covid (2018) qu’en 2024. Quant au PIB potentiel (le niveau atteint par le PIB dès lors que toutes les ressources productives sont mobilisées), les estimations confirment une détérioration des facteurs de production : il baisse en effet lui aussi de 2,2% par rapport aux prévisions précédentes.
Comment expliquer ces baisses ?
Le PIB japonais souffre tout d’abord de la détérioration d’autres économies, notamment parce que le pays entretient beaucoup d’échanges commerciaux avec les économies occidentales, qui elles-mêmes se relèvent difficilement du coronavirus. On assiste à un ralentissement en cascade de toutes ces économies interdépendantes, ce qui détériore à la fois les relations commerciales mais aussi les échanges géopolitiques.
Autre cause de cette chute à long terme du PIB, la dette souveraine augmentera considérablement avec les mesures gouvernementales de soutien aux entreprises et à sa population, le montant de la dette publique augmentant progressivement pour arriver en 2035 à 270% du PIB nominal. Avec les différentes subventions et le soutien apporté aux PME, le gouvernement japonais a approuvé l’utilisation d’un budget supplémentaire de plus de 50 000 milliards de yen, soit 395,80 milliards d’euros, pour pallier la crise cette année. Conséquence inévitable de ce creux dans le budget, le JCER suppose que l’impôt sur le revenu entre 2025 et 2050, évalué à 1 600 milliards de yens (12,67 milliards d’euros), sera utilisé pour rembourser les obligations d’Etat, à l’image de ce qui avait été fait après le tremblement de terre de 2011.
Scénario catastrophe : la menace de la Dépression
Dans un scénario plus alarmant, le JCER s’intéresse à toutes les situations géopolitico-économiques qui pourraient tourner au vinaigre. Et au cœur des tensions qui pourraient amener le monde à une nouvelle "Grande Dépression", se retrouve sans surprise l’Amérique de Donald Trump. Outre les frictions commerciales avec la Chine, virulentes depuis l’année dernière et accentuées depuis l’avènement du virus, la politique "America First" a poussé le président américain à réduire sa participation aux grandes organisations internationales (OMS, OMC). Si les Etats-Unis continuent dans cette optique de déresponsabilisation, il est de plus en plus probable que le scénario "cauchemardesque" du JCER se réalise, à savoir que le monde se divise en deux grands blocs régionaux et tombe dans une grande dépression mondiale.
De surcroît, les analystes japonais n’excluent pas la menace d’une seconde puis d’une troisième vague de coronavirus, au vu du faible taux de population ayant développé des anticorps (cela en concernerait 0,1%). Les guerres commerciales pourraient se faire de plus en plus violentes, surtout si les plus grosses économies comme les Etats-Unis décident de faire bande à part, et l’économie mondiale pourrait chuter de près de 30% dans le pire des cas. Le cas échéant, la dette serait encore plus creusée au Japon et à l’étranger, atteignant 320% du PIB nominal en 2035 pour le Japon. Si la dette publique augmente effectivement à ce rythme, le risque de faillite financière d’ici 2035 n’est pas à exclure.
Une cascade de ralentissements dans tous les scénarios imaginés
Ce déclin généralisé se ressentira inévitablement dans la consommation, nous démontrent les analystes du JCER. Celle des ménages s’affaiblira d’environ 3% par rapport à ce qui avait été prévu précédemment, notamment à cause d’une grande part d’inactifs dans la population.
Par ailleurs, comme dans le monde entier, le tourisme japonais souffre beaucoup de la pandémie, le nombre de visiteurs étrangers étant passé de 2,5 millions par mois (30 millions par an) à 2 900 en avril et 1 700 en mai 2020. Alors qu’une deuxième vague n’est pas du tout exclue, le pays continuera à marcher sur des œufs et à imposer des restrictions pour les touristes étrangers, ce qui n’arrangera pas ces chiffres catastrophiques. Il faudra attendre 2028 pour retrouver et enfin dépassé le nombre de touristes de 2018.
Si l’on considère le second et pire scénario, les nouvelles vagues de coronavirus rendront impossible l’organisation des Jeux Olympiques de Tokyo (été 2021). Dans ce cas, les espoirs de stimuler l’arrivée de touristes seraient anéantis pour le Japon, et la date pour recouvrer un niveau pré-Covid sera encore repoussée.
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