Macro-économie / Taux / Goldman Sachs / Economie mondiale / Prévisions
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Goldman Sachs / Economie mondiale / Prévisions
Qu'attend Goldman Sachs pour l'économie mondiale en 2020 ?
Lors de sa conférence sur les perspectives mondiales 2020, Jan Hatzius, le chef économiste de la banque américaine, a expliqué qu’il prévoyait une accélération de la croissance mondiale en 2020, qui devrait atteindre 3,4% contre 3,1% en 2019. Et cela, pour trois raisons majeures. Jan Hatzius a d’abord cité la fin de l’escalade entre la Chine et les États-Unis dans le conflit commercial qui les oppose depuis deux ans maintenant. De fait, les deux géants économiques sont sur le point de signer un accord commercial dit de "phase 1", et même si ce dernier est loin de tout résoudre et qu’il devra être suivi d’une phase 2 et probablement d’une phase 3, Jan Hatzius estime tout de même que cette signature va graduellement mettre fin à l’impact négatif des tensions commerciales sur la croissance américaine et sur la croissance chinoise à terme. Selon les estimations de Goldman Sachs, les tensions commerciales ont coûté, au dernier trimestre de 2019, près de 0,4 point à la croissance - trimestrielle annualisée - américaine et environ 0,6 point à la croissance chinoise. Cet effet devrait s’estomper au cours de l’année 2020, pour finir par être nul en 2021.
Ensuite, le chef économiste a mentionné des conditions financières accommodantes. Pour illustrer cela, la banque américaine dispose d’un indicateur des conditions financières – comprenant entre autres le taux d’intérêt de court terme et de long terme et d’autres indicateurs financiers – qui capture le degré d’accommodation des conditions financières et monétaire. Typiquement, une baisse des taux d’intérêt est associée à des conditions financières plus accommodantes.
Or c'est le message envoyé par l'indicateur qui ne fait que refléter la politique monétaire menée par les banques centrales en 2019. Deux des plus grandes d’entre elles ont davantage assoupli leur politique monétaire. D’une part, la Réserve fédérale américaine (Fed) a baissé ses taux d’intérêt à trois reprises - 75 points de base de baisse au total. D’autre part, la Banque centrale européenne (BCE) a baissé l’un de ses taux directeurs – le taux de dépôt - de 5 points de base et a relancé son programme de rachat d’actifs qui consiste à acheter pour 20 milliards d'euros de titres d’État et d’entreprise par mois. Enfin, la banque américaine voit se profiler des politiques budgétaires davantage expansionnistes même si Jan Hatzius considère que l’Allemagne a les capacités pour faire encore davantage.
Aux États-Unis, Goldman Sachs voit une probabilité de 15% de récession dans les douze prochains mois. Là encore, trois raisons permettraient de l’expliquer. De fait, Jan Hatzius rappelle qu'historiquement, chaque récession est associée à une hausse significative du prix du pétrole, un durcissement inattendu de la politique monétaire ou bien encore à des déséquilibres financiers. Sur les deux premiers points, Goldman Sachs est peu inquiète. Les États-Unis sont moins vulnérables qu’auparavant à des chocs sur le prix de l’or noir en raison du fait qu’ils sont proches de l’autosuffisance. La politique monétaire de la Fed, elle, ne devrait pas faire de vague cette année, Goldman Sachs ne voit ni baisse ni hausse de taux d’intérêt en 2020 – possiblement des hausses en 2021 -, mais estime toutefois que la probabilité de baisse des taux est plus importante que celle à la hausse. Enfin, sur les déséquilibres financiers, conscient que cette problématique est un sujet de discussion parmi les décideurs et sur les marchés financiers, Jan Hatzius tient à tempérer l’angoisse naissante en se référant au solde financier du secteur privé américain. Un solde excédentaire signifie que les ménages et les entreprises américaines sont des épargnants nets, ce qui renforce leur situation financière. En d'autres termes, l'épargne des ménages dépasse le montant emprunté et investi par les entreprises et il y a donc un afflux net d'argent dans le secteur privé. Aujourd'hui cet excédent vaut près de 4% du PIB, soit au-dessus de sa moyenne de long terme - inférieure à 3%.
Sur les présidentielles américaines de 2020, Jan Hatzius estime que Donald Trump a de bonnes chances de l'emporter - et c'est ce que pense une majorité des investisseurs selon lui -, d'une part en raison de la prime au sortant dont bénéficient les présidents américains, d'autre part parce que l'économie américaine, sans être dans un état de forme exceptionnel, affiche des performances plus qu'honorables. Reste que le résultat des primaires démocrates devra faire l'objet d'une attention toute particulière. D'après ses dernières estimations, Jan Hatzius explique que Donald Trump perdrait face à Joe Biden et Bernie Sanders - de peu -, mais l'emporterait contre Elizabeth Warren et Pete Buttigieg.
À propos de l'Europe, Jan Hatzius a laissé la main à Alain Durré, Senior european economist, qui voit une stabilisation de la croissance européenne à 1,1% et un redressement graduel d'ici à 2021. Pour le justifier, Alain Durré a notamment évoqué la forte diminution de l'incertitude liée à la résolution du Brexit et à l'accalmie de la guerre commerciale sino-américaine mais aussi la légère orientation expansionniste de la politique budgétaire en Europe - grâce entre autres à la France-, comme déjà relevé par Jan Hatzius. Tous ces éléments devraient concourir à la "résilience de la demande intérieure européenne" selon Alain Durré. Enfin, à propos de la BCE, Alain Durré voit le programme de rachat d'actifs durer jusqu'à la fin 2021, et le taux de dépôt devrait, lui, rester à - 0,5% jégalement jusqu'à la fin 2021.
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