Politique économique / commerce mondial / Compétitivité / Production
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Vers une autre forme de mondialisation, post Covid-19 ?
S'il est encore difficile de prendre du recul quant aux conséquences économiques de la crise sanitaire actuelle, alors que plus d'1,5 milliard de personnes sont désormais confinées chez elles, certains commencent tout de même à réfléchir à l'après Covid-19. Une réflexion qu'il est déjà possible de mener puisque l'épidémie a mis en évidence certains modes de fonctionnement de la production mondiale, qui, dans de pareilles circonstances se sont avérés risqués pour les entreprises.
Ainsi lors de la première phase de l'épidémie, lorsqu'elle a concerné la Chine et que le pays a été mis en quarantaine, nombre d'entreprises du secteur industriel du Vieux Continent se sont retrouvées à court de pièces fabriquées dans le pays. Que ce soit Vallourec dont les quatre usines chinoises ont tourné au ralenti pendant près de trois mois, Schneider dont l'usine de Wuhan a tout bonnement arrêté son activité le temps de la pandémie, de même que Renault ou PSA, autant d'entreprises françaises impactées négativement par l'épidémie avant même qu'elle ne parvienne dans le Vieux Continent. Les secteurs du textile, de l'électroménager mais aussi de l'informatique ont été touchés par la quarantaine chinoise des mois de février et mars, la Chine constituant de manière plus générale le deuxième fournisseur de la France.
L'une des conséquences de cette pandémie pourrait donc être pour les entreprises de relocaliser une partie de leur production, afin d'être moins dépendantes d'un pays en particulier. Comme William de Vijlder l'expliquait lundi à Wansquare, "ce choc sanitaire va conduire les entreprises à s'interroger sur l'organisation de leur chaîne de valeur. (...) Il est également possible qu'elles optent pour une renationalisation de leur chaîne de valeur ou du moins qu'elles cherchent à la raccourcir". Un phénomène qui a déjà commencé selon Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis. "Le retour à des chaînes de valeur régionales se voit déjà dans l'affaiblissement global du commerce mondial, au recul des investissements directs vers la Chine et à leur stagnation vers les autres pays émergents". Par ailleurs, les États eux-mêmes vont certainement relocaliser des productions ou industries considérées comme stratégiques, telles que certains médicaments, composantes électroniques ou matériels de haute technologie.
Autre conséquence de cette épidémie, une disparition progressive des politiques de l'offre : la mondialisation avait incité les pays à mener des politiques de l'offre afin d'être le plus compétitif possible et d'attirer chez eux la production, en abaissant les niveaux de salaires et les niveaux d'imposition pour les entreprises. Si les entreprises et les États relocalisent une partie de leur production, il leur faudra pour attirer des investissements, avoir une demande intérieure dynamique, poursuit Patrick Artus. Qui estime par ailleurs que la crise va du également entraîner une très forte hausse des dépenses publiques, dans la santé le soutien aux entreprises et à l'industrie. Dépenses qu'il ne sera pas possible de comprimer pour réduire les impôts. D'où la fin selon lui de la concurrence fiscale au niveau des États.
Enfin, troisième facteur de changement de cette crise, le rééquilibrage de la balance commerciale des États, toujours liée à la renationalisation d'une partie de la production "La réduction des déséquilibres extérieurs réduira bien sûr l'accumulation de dettes et d'actifs extérieurs d'où une déglobalisation financière", explique encore l'économiste de Natixis. La globalisation financière consistant principalement en une intégration financière plus forte des Etats, avec des dettes et actifs extérieurs de plus grande taille.
La crise du coronavirus va donc conduire à une mondialisation toute différente : la production sera sans doute plus régionale, les politiques seront davantage tournées vers le soutien de la demande et la globalisation financière sera moindre grâce à la réduction des déséquilibres extérieurs. Au-delà des changements liés à la chaîne de production et à l'organisation économique mondiale, il faut aussi espérer que cette pandémie permettra aux États d'agir de façon encore plus coordonnée et solidaire. Comme le Président du Conseil européen Charles Michel l'affirmait dans un entretien à Libération la semaine dernière : "cette crise va démontrer que par l’unité, on peut s’en sortir. ll il y a une conviction beaucoup plus forte que l’on ne pourra que s’en sortir ensemble".
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