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Opep+ / Vienne / Biden / Production
L'Opep n'écoute pas Joe Biden
Les demandes réitérées de Joe Biden, président des États-Unis, n’y font rien, l’Organisation des Pays Producteur de Pétrole (Opep) ne se décide pas à dévier de sa stratégie de hausse de production. La dernière réunion de l’Opep + a maintenu le régime de hausse mensuelle, qui se traduit par une production journalière plus élevée de 400 000 barils par jour. Dans un contexte de reprise économique, cela pousse logiquement les dirigeants des pays importateurs de pétrole à s’inquiéter d’un renforcement des tensions sur le marché de l’énergie et de possibles dérives inflationnistes. Un personnel de l’administration Biden a ainsi déclaré que "certains grands producteurs d’énergie disposent d’une capacité de réserve, et nous les encourageons à l’utiliser pour assurer une reprise plus forte et plus durable dans le monde".
À la suite des Américains, le Président de la République Emmanuel Macron avait exprimé, au Financial Times, son désir d’une plus grande visibilité et stabilité des prix de l’énergie. Une crainte compréhensible dans une Europe qui a vu son prix de référence du gaz augmenter de 600 % cette année et où le moindre signal négatif sur les prix pourrait avoir de graves conséquences sur l’inflation. La reprise économique pourrait se retrouver bridée par une offre de pétrole qui n’arrive pas à satisfaire une demande grandissante. Concernant les doutes sur la capacité d’augmentation de la production du Cartel, le vice-Premier ministre russe chargé du pétrole Alexandre Novak a balayé ces critiques en estimant que l’Opep+ avait toujours "la marge nécessaire pour réagir en cas de forte reprise " et restait avant tout prudente en raison du spectre du Covid qui plane sur l’activité économique.
La crainte est d’autant plus valable pour l’Europe que cette dernière ne dispose ni de capacités de productions considérables, ni de réserves stratégiques telles que celles des États-Unis. Le stock américain de 612,5 millions de barils est avant tout destiné aux catastrophes. La ministre de l’Energie américaine, Jennifer Granholm, avait par exemple autorisé le prêt de 1,5 million de barils de pétrole à Exxon Mobil suite à l’ouragan Idah.
Pour l’instant, le dépassement du tarif de 80 dollars le baril n’a pas justifié aux yeux des décideurs américains d’un usage de cet atout. Néanmoins l’utilisation de réserves stratégiques pour contrebalancer la hausse des cours est une possibilité dont ne dispose pas l’Europe. Le vieux continent est d’autant plus sous pression que la Russie a récemment indiqué que si la demande d’énergie de l’Europe nécessitait davantage de gaz russe, il faudrait alors revoir les conditions contractuelles de livraison. Un sujet qui risque de pousser la dynamique de la transition énergétique sur le continent afin de trouver un substitut aux hydrocarbures.
La volonté de sortir des énergies fossiles se traduit pour l'instant essentiellement par une hausse des prix, puisqu'elle conduit notamment à l’arrêt de certaines exploitations. Cet effet sur les prix a conduit Joe Biden à renoncer à sa promesse de campagne d’arrêter les exploitations pétrolières sur des terrains fédéraux. Son nouveau plan sur les infrastructures de 1 200 milliards de dollars tout fraîchement voté ne va pas manquer de stimuler la demande de pétrole. Cela fait décidément beaucoup d’effets haussiers sur les prix de l'or noir pour un président qui avait placé l’écologie au centre de son programme. Il est même possible qu’il devienne prochainement le troisième président de l’histoire à suspendre les exportations d’hydrocarbures pour lutter contre la hausse des cours. La prochaine réunion de l’Opep du 2 décembre sera ainsi scrutée avec attention de part et d’autre de l’Atlantique.
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