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Professions financières / JP Morgan / Jamie Dimon

Professions financières
JP Morgan / Jamie Dimon

Le morceau de bravoure de Jamie Dimon

Un mois après son attaque cardiaque, le patron de JP Morgan a publié une longue lettre à ses actionnaires, dans laquelle il reconnaît la profonde récession comparable à 2008, avec deux scénarios de stress financier. Mais il se refuse -sauf cas extrême- à suspendre son dividende.
Jamie Dimon - JP Morgan
Jamie Dimon - JP Morgan

Il y a tout juste un mois, Jamie Dimon était hospitalisé pour un accident cardiaque et opéré en urgence à New York. Quelques années après son cancer de la gorge, certains sont allés jusqu’à spéculer sur sa potentielle succession, mais le patron de JP Morgan est depuis rétabli et revenu au (télé)travail. Et ce lundi, il a publié sa traditionnelle lettre aux actionnaires, une longue missive - presque aussi longe que celle de Warren Buffett, s'amuse le média Quartz - dans laquelle il explique comment la plus grande banque américaine aide ses clients, ses employés et sa communauté, mais aussi comment elle gère la crise actuelle, afin de se positionner comme un "havre dans la tempête", selon ses mots.

Le dirigeant reconnaît que cette "grave récession" aura des répercussions financières similaires à 2008 et indique avoir déjà suspendu ses rachats d’actions, par prudence. Puis il détaille les scénarios de stress tests financiers envoyés à la Fed l’an passé. Dans le pire scénario, celui d’un taux de chômage à 10% et d’une chute de 50% des marchés financiers, la banque verrait un recul de 20% de ses revenus et 20 milliards de dollars de coûts supplémentaires sur ses crédits, mais elle ne toucherait pas à son dividende. C’est uniquement dans un scénario extrêmement dégradé (PIB en baisse de 35 % au deuxième trimestre, chômage à 14 %), qu’elle se résoudrait à suspendre son dividende, même si elle garderait un ratio Core Tier-One raisonnable, à 9,5 %. Dans ces deux cas, JP Morgan, qui se prévaut de 500 milliards de dollars d’actifs liquides, anticipe de prêter 150 milliards de dollars supplémentaires à ses clients pour leur permettre de passer cette crise, fait valoir son patron. Ses clients ont déjà tiré 50 milliards de dollars de crédit pour répondre à la crise, et la banque a accordé 25 milliards de dollars de lignes supplémentaires en mars.

Mais contrairement à d’autres acteurs financiers, Jamie Dimon n’appelle pas à un relâchement de la réglementation financière, ni pour elle ni pour les autres. S’il déplore une législation "mal coordonnée, calibrée et organisée”, il a choisi cette année de ne pas rentrer dans ses propres recommandations de politique publique, jugeant que de tels débats auront plus tard : "il y aura un endroit et un moment, mais pas maintenant".

Surtout, Jamie Dimon dédie un point de sa lettre au retour à la normale, après le pic de l’épidémie Covid-19. Si Steve Schwarzman, le patron de Blackstone qui est très écouté par Donald Trump, a été très insistant sur une reprise rapide des affaires et de l’économie, le patron de JP Morgan se montre plus prudent et s’il estime que nombre d’emplois peuvent se faire sans risque, il insiste aussi sur la nécessité de rendre les tests accessibles au plus grand nombre.

Alors que les banques européennes sont sommées de suspendre leur dividende par les autorités de régulation, il est intéressant de voir à l’inverse que JP Morgan, la plus grande banque américaine, ne renoncera qu’en dernier recours à son mode de rétribution de ses actionnaires, même en période de stress financier sévère et prolongé. Un message bien entendu par le marché : le titre grimpait de 5,5% hier à la mi-journée, dans un marché bien orienté sur des espoirs de ralentissement du virus aux US et en Europe.

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