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Banques US : la désastreuse saison des résultats est lancée
Alors que les marchés américains ont repris un peu de couleur la semaine passée, sur fond d’espoirs naïfs sur un aplatissement de la courbe du coronavirus et d’attentes non actualisées sur les bénéfices, le début de semaine devrait doucher tout excès d’optimisme. Les principales banques américaines s’apprêtent en effet à ouvrir le bal des résultats trimestriels : JP Morgan et Wells Fargo commencent ce mardi, suivies de Goldman Sachs, Bank of America et Citi mercredi, puis Morgan Stanley jeudi. Et après avoir connu plusieurs exercices difficiles de taux bas historiques et de pressions sur les revenus de leurs banques d’investissement, elles sont cette fois soumises à un coup de massue, celui de la mise à l’arrêt de l’économie en raison de la crise Covid-19.
Il est aujourd’hui difficile d’obtenir une moyenne des prévisions d’analystes, comme le fait habituellement Factset, dans la mesure où nombre d’entre eux n’ont pas revu leurs anticipations de résultats sur les banques depuis février, en raison de l’incertitude. Individuellement, les analystes de KBW se sont prêtés à l’exercice : ils ont estimé que les grandes institutions financières américaines devraient annoncer une baisse moyenne de 23% de leurs profits au premier trimestre. Ils ont revu drastiquement leurs prévisions de profits 2020 à la baisse, car les banques vont devoir intégrer des provisions abyssales pour les pertes en vue sur leurs crédits : -60 % sur les profits annuels de JP Morgan et Morgan Stanley, -55 % sur Goldman Sachs et Bank of America et même -78 % pour Citi et Wells Fargo.
La semaine dernière, les titres des banques ont bondi lorsque le président de la Fed, Jerome Powell, a confirmé que, contrairement à leurs concurrentes européennes, elles n’avaient pas besoin de couper dans leurs dividendes et étaient assez capitalisées. Mais les patrons des financières n’ont pas caché que les chiffres à venir seraient catastrophiques : "Il faut s’attendre à ce que nos profits baissent significativement en 2020", a ainsi écrit Jamie Dimon dans sa lettre aux actionnaires la semaine passée. Et de l’avis des acteurs de marché, le ton des CEO bancaires – les premiers à prendre la parole pour donner leur sentiment et leurs prévisions annuelles – sera scruté de près et donnera le pouls de l’activité économique américaine au sens large.
Pour le moment, les banques pourraient offrir de la flexibilité à leurs débiteurs, ce qui pourrait masquer les véritables montants en jeu dans les crédits défaillants. Mais les banques ne vont pas avoir d’autre choix que de provisionner les montants nécessaires pour les prêts commerciaux dans les secteurs les plus touchés par la crise - comme le tourisme, l’hôtellerie ou la restauration – qui ne seront pas honorés. Elles vont aussi devoir abaisser drastiquement leurs commissions hors crédits dans ce contexte dégradé et les banques d’investissement vont souffrir massivement du coup d’arrêt aux opérations M&A, en equity ou en dette high yield (la dette investment grade a en revanche bénéficié de la course aux liquidités des émetteurs les mieux notés). Sans parler du marché hypothécaire, qui subit une paralysie totale et pour lequel la Fed n’a pas consenti à allouer ses précieuses liquidités. Pour certains acteurs de marché, c’est d’ailleurs ici que se situe la prochaine crise économique de longue durée.
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