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Chroniques / Bernard Spitz

Chroniques
Bernard Spitz

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Le coup de bazooka
par Bernard Spitz

Il y a un temps - que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître – où l’on résumait le football européen à cette définition : « un sport entre deux équipes de 11 joueurs ; et à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent ». L’actualité économique redonnerait-elle vie à cette observation, singulièrement en Europe ?

05/05/2020 - 09:30 Temps Lecture 8 mn.

Le "couple franco-allemand" a divergé depuis 10 ans. En 2010, notre endettement rapporté au PIB était comparable, de l’ordre de 60 %. Avant la crise du Coronavirus, l’écart entre nous était passé à 40 points…

Arrive alors la crise. On n’épiloguera pas sur le nombre de lits d’hôpital disponibles qui n’étaient pas calculés selon les mêmes critères. Reste que l’Allemagne a fait mieux sur la production de tests, la fourniture des masques, la coopération public-privé, etc… Au total avec un ratio décès-infection 3 à 4 fois meilleur que le nôtre.

La décentralisation des Landërs a été plus efficace que notre centralisme jacobin. Les entreprises – comme ici – ont été plus réactives que la bureaucratie. La coopération public-privé bien plus fluide. La discipline, évidemment, y a été mieux observée. La communication publique a été maîtrisée, donc rassurante. Le consensus au sein de la société civile a été plus large. Dès lors, l’Allemagne a su maintenir au prix d’un confinement limité, un niveau d’activité économique largement supérieur au nôtre, dans un mix santé-économie efficace.

 

Un sacré coup de tonnerre

 

Cela s’observe dans de nombreux secteurs clés, du transport de fret (100 % d’activité, contre 60 % en France) à l’automobile (2 fois plus mobilisée qu’en France) en passant par le textile (60 % d’activité, contre 30 % en France) ou encore la construction (70 % d’activité, contre 20 % en France). Ajoutons à cela que la spécialisation géographique à l’export joue aussi à l’avantage de nos voisins, moins exposés que nous aux marchés du sud de l’Europe, qui ont chuté plus que ceux du Nord.

Sur cette toile de fond, un coup de tonnerre a éclaté très vite, ou plutôt un coup de bazooka. Il est significatif que le ministre allemand ait choisi ce terme militaire qui désigne un lance-roquettes de la seconde guerre mondiale pour illustrer la puissance de l’engagement public. Le bazooka était en effet l’arme antichar de l’armée américaine pendant la deuxième Guerre mondiale alors que les troupes allemandes disposaient du Panzerfaust. En préférant le bazooka, le gouvernement allemand adopte de manière subliminale le vocabulaire des vainqueurs.

Car en annonçant un plan de soutien de 1 200 milliards, soit plus de 800 milliards de garanties de la KFW, l’homologue de notre BPI, et 400 milliards du fonds de stabilisation pour garantir les émissions de dette des entreprises sur le marché, l’Allemagne n’a pas tergiversé pour lancer à la fois l’aide d’urgence et la relance de son économie.

 

Un consensus social précieux

 

Annoncer d’emblée une initiative aussi massive a redonné confiance et espoir aux entrepreneurs allemands. Voilà qui a conforté aussi une forme de consensus social précieux dans les moments de crise : les industriels français qui ont des usines en Allemagne font le même constat : les négociations avec les syndicats peuvent y être rudes, la protection de la santé des salariés rester la priorité, les représentants des salariés n’envisagent pas l’arrêt de la production ou le choix du retrait comme une option, sauf en cas d’obligation imposée par l’autorité publique. Ils savent que la protection sociale n’est financée que par la création de richesses du secteur privé et que pénaliser celui-ci par stratégie idéologique et non par nécessité revient à scier la branche sur laquelle tous sont assis.

Voilà donc une Allemagne qui était vue en récession il y a encore quelques mois, aux exportations paralysées par la baisse du commerce mondial, avec une coalition usée et une Chancelière sur le déclin. Cette même Allemagne est désormais en situation de leadership incontesté en Europe. Avec une industrie en partie ralentie mais bien en mouvement, et prête à accélérer. Avec une Chancelière au prestige retrouvé dans l’opinion. Avec des résultats brillants en santé publique, un consensus social pour la reprise du travail, une force de frappe financière sans équivalent.

L’Allemagne va-t-elle alors forcer son avantage en vertu de l’adage "qui paye commande" ?

La réponse mérite les nuances. Oui, l’évolution du rapport de force dans les différents conseils européens place l’Allemagne en situation de contrôle. Notre voisin est contre la mutualisation de la dette qui le mettrait en position de financeurs des autres et placerait son gouvernement en difficulté vis-à-vis de son propre système constitutionnel. Pour autant, l’Allemagne a accepté de renoncer à la conditionnalité qu’elle souhaitait sur le recours aux aides du Mécanisme Européen de Solidarité. C’est un premier signal à ne pas négliger.

 

Un plan de relance demandé par le patronat

 

Tout simplement parce qu’il n’y aurait pas d’Allemagne prospère dans une Europe en récession. Ni d’Allemagne puissante seule, face au duopole sino-américain. Le patronat allemand, représenté par le BDI, vient lui-même vient de publier un texte dans lequel il recommande un plan de relance annuel de 5 % du PIB tous les ans en Europe jusqu’en 2023. Un second signal fort à souligner.

Pour autant, charité bien ordonnée commençant par soi-même, l’Allemagne défend parallèlement une approche décomplexée sur les aides d’État. Elle en a évidemment beaucoup plus les moyens que tous les autres, ainsi que l’expérience… la seule fois où ces règles ont été contournées avec l’accord de Bruxelles, ce fut en effet pour le plan de développement économique des Länders de l’Est, qui a été une grande réussite au temps de la réunification. Cela ne pourra que renforcer les entreprises allemandes dans les consolidations de demain que la violence du choc économique actuel ne manquera pas d’entraîner.

La partie n’est pas jouée pour autant… Le rebond économique se dessine et se mérite maintenant. À travers un mix de coopération entre partenaires européens qui profitera à tous et une compétition entre États dans laquelle nos entreprises peuvent figurer parmi les vainqueurs. Nous avons nos propres atouts pour rattraper la croissance perdue si et seulement si nous nous engageons collectivement – secteurs publics et privés réunis - résolument et surtout rapidement. Le Bayern de Munich, lui, a déjà repris l’entraînement…

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