Fusions, Acquisitions / Covea / Exor
Fusions, Acquisitions
Covea / Exor
Covea devra payer à Exor une indemnité de rupture de 160 millions d’euros
Y a-t-il un problème Covea ? Ou sinon un problème Derez du nom de son dirigeant, accusé par l’autorité de contrôle des assureurs de gérer son groupe un peu trop seul, avec une hyperconcentration des pouvoirs et une absence totale de contre-pouvoir ?
Manifestement les esprits éclairés qui dissertent sur cette question fondamentale en arrivent à chaque fois à poser la question de la compétence de Thierry Derez. À l’été 2018, ce dernier, dont le groupe Covea, est l’un des actionnaires de Scor, a proposé de prendre le contrôle du groupe sans fournir aux administrateurs le moindre projet industriel. Ce qui a amené le conseil d’administration, dans sa grande sagesse, à repousser cette tentative d’OPA.
Par la suite on a appris que cette opération n’avait pas été préparée dans le respect de la déontologie des affaires. À tel point que le Crédit Suisse, embauché par Covea, est allé à Canossa, et s’est retiré de ce projet, non sans avoir au préalable livré à la justice des échanges de mails montrant de graves problèmes de "mis-management" dans ce projet d’opération financière.
Ne pouvant utiliser son surcroît de fonds propres à racheter Scor, le groupe Covea a repris un projet que Thierry Derez avait étudié lorsqu’il était administrateur de Scor : l’éventuel rachat de Partner Re, détenu à 100 % depuis 2016 par la famille Agnelli à travers leur holding luxembourgeoise Exor. Cette acquisition que les dirigeants de Scor, avaient donc renoncé à faire devant le prix exorbitant demandé par John Elkann, le patron d’Exor (9 milliards de dollars pour un prix d’acquisition de 6,9 milliards), Thierry Derez l’a conclue sans rechigner avec l’aide de Rothschild & Co et de son banquier attitré Cyrille de Montmarin. Alors que même que l’OMS avait transformé l’épidémie de coronavirus en "pandémie mondiale", le patron de Covea s’engageait donc le 3 mars dernier à décaisser 9 milliards de dollars pour un actif, dont toute la profession savait qu’il devrait acquitter des milliards au titre des dommages liés à cette crise du Covid-19.
Et pas un seul doigt au sein de Covea ne s’est levé pour se demander si cette opération était justifiée, à ce prix-là et à ce moment-là. Ce n’est qu’au cours des tous derniers jours, après avoir appris que le réassureur bermudien risquait de laisser quelques très belles plumes dans cette crise, que Thierry Derez a essayé de renégocier le prix fixé le 3 mars. Finalement devant l’inflexibilité compréhensible de John Elkann – puisque le jour de la signature, les risques liés au coronavirus étaient connus de l’acheteur – Thierry Derez a décidé de jeter l’éponge.
Le premier échec sur Scor, s’est traduit par des actions en justice. Ce second échec se traduit par l’obligation de payer une indemnité de rupture, qualifiée de "break-up-fee", de 175 millions de dollars, soit 160 millions d’euros. Les sociétaires de Covea apprécieraient sûrement le bon usage qui est fait de leur argent… s’ils avaient le droit à la parole.
Ce nouvel élément grave de dysfonctionnement de la gouvernance de Covea va venir alourdir de dossier que l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution a constitué. Le régulateur commence à se lasser de ne rien voir bouger au sommet du groupe et a fixé un ultimatum de deux mois à la direction de Covea afin d’être informé et rassuré dans la mise en place de véritables contre-pouvoirs.
Thierry Derez, qui n’est pas assureur de formation, mais avocat, devrait méditer ce que la sagesse populaire dit de son Saint Patron, que le calendrier fêtera dans six jours : "Sanctus Yvus erat britus, advocatus sed non latro, res miranda in populo". Ce qui signifie, pour les non-latinistes, "Saint Yves était Breton, avocat mais pas voleur, chose extraordinaire pour le peuple".
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