Macro-économie / Taux / Allemagne / Angela Merkel
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Allemagne / Angela Merkel
L'Allemagne met les bouchées doubles
Après le temps de la gestion de crise et de l'urgence, vient celui de penser à plus long terme. L'Allemagne, qui dès le 23 mars présentait un plan de soutien de 750 milliards d'euros pour tenter d'atténuer l'impact de l'épidémie, a ainsi dévoilé hier soir un programme de relance de 130 milliards d'euros, destiné cette fois-ci à relancer son économie. Ce programme, qui représente tout de même 4% de son PIB, est composé de 50 mesures distinctes, dont voici les principales :
- la TVA passera temporairement de 19% à 16% du 1er juillet au 31 décembre
- la TVA appliquée au milieu hôtelier sera réduite de 7% à 5% sur la même période
- une allocation de 300 euros par enfant sera attribuée aux familles
- un fonds de 50 milliards d'euros destiné à accélérer la transition énergétique du pays ainsi que sa digitalisation. Ce fonds servira notamment à doubler la subvention à l'achat des véhicules électriques, de 3.000 à 6.000 euros.
- concernant l'automobile, secteur essentiel à l'économie allemande avec 800.000 emplois, la mesure est ambiguë : les voitures à essence ou diesel à faibles émissions ne bénéficient pas de prime à l'achat, alors qu'elles représentent encore une part écrasante du marché. En conséquence, l'ensemble des constructeurs chutait ce matin à la Bourse de Francfort.
- les cotisations sécurité sociale seront plafonnées à hauteur de 40% jusqu’à fin 2021 au moins, afin de stabiliser le revenu des ménages allemands. Tous les coûts additionnels seront pris en charge par l'État.
- report de pertes fiscales et règles d'amortissement plus rapides pour les investissements, qui permettront de fournir davantage de liquidités et d'incitations à l'investissement pour les entreprises
- programme de prêts aux PME de 25 milliards d'euros de juin à août. Les entreprises éligibles aux prêts seront celles dont les ventes se sont effondrées de plus de 590% sur un an aux mois d'avril et mai.
- 10 milliards d'euros seront attribués aux municipalités pour compenser le manque à gagner de recettes fiscales
Le programme sera financé par des émissions supplémentaires, a prévenu le ministre des finances Olaf Scholz, sachant que 60 milliards des 150 milliards d'euros de nouvelles émissions votées fin mars n'ont pas encore été levés.
Avec ce nouveau programme, l'Allemagne démontre une nouvelle fois qu'elle a franchi une étape majeure depuis l'épidémie, en acceptant d'abandonner sa doctrine de l'équilibre budgétaire et du zéro déficit (Schwarzer Null). Face à l'ampleur de la récession, le pays, dont le PIB devrait se contracter de 6,3% selon les prévisions du gouvernement, n'avait plus d'autre choix que dépenser pour sauver son économie. Le programme annoncé fin mars, qui comprenait notamment des prêts garantis par l'État, prévoyait déjà 156 milliards de dépenses pures, soit 5% du PIB allemand : c'est donc désormais près de 10% du PIB qui seront dépensés cette année et l'an prochain pour relancer la machine allemande. "Ce n'est pas seulement l'ampleur du programme qui est impressionnante mais surtout le fait que le gouvernement allemand a effectué un virage à 180 degrés du point de vue de sa politique fiscale", commente ainsi Carsten Brzeski, chef économiste eurozone chez ING. "Il y a quelques semaines seulement un tel programme aurait été impensable", poursuit-il.
Ce changement de stratégie s'est également manifesté sur la scène européenne, puisque l'initiative franco-allemande pour relancer la croissance du Vieux Continent et présentée fin mai par Emmanuel Macron et la chancelière comprend une forme de mutualisation des dettes en Europe. Ce à quoi l'Allemagne s'était jusqu'à présent toujours opposée. La crise sanitaire, qui a contraint l'Allemagne au pragmatisme, abandonnant le dogme de la rigueur budgétaire au niveau national comme européen tombe à point nommé : le 1er juillet, la chancelière prendra la présidence tournante de l'Europe pour six mois. Il est certain qu'elle fera tout pour que le Recovery Fund voie le jour avant la fin de son mandat.
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