Fonds d'investissements / Fonds norvégien / pétrole
Fonds d'investissements
Fonds norvégien / pétrole
Qui est Nicolai Tangen, le nouveau patron du fonds norvégien ?
Malgré la tempête médiatique dont il fait l'objet depuis l'annonce de sa nomination début mars, Nicolai Tangen prendra ses fonctions à la tête du fonds souverain norvégien, Norway Governement Pension Fund, ce mardi 1er septembre. Il aura la responsabilité de faire fructifier les quelque mille milliards de dollars d'actifs du plus grand fonds souverain au monde, créé il y a maintenant 24 ans pour gérer le produit des hydrocarbures du pays scandinave. Ce Norvégien originaire de la petite ville portuaire de Kristiansand, au Sud de la péninsule nordique, démontre très tôt son goût pour la finance et les affaires, en commençant à travailler dans une banque locale à l'âge de 16 ans. Ce qui ne l'empêche pas de réaliser en parallèle de brillantes études, à la Norwegian Armed Forces School of Intelligence Security où il étudie le russe, avant d'obtenir un diplôme de finances de la Wharton School of Finance de l'Université de Pennsylvanie.
Il entame sa carrière comme analyste au sein du hedge fund londonien Egerton Capital puis chez Cazenove & Co avant de monter sa propre boutique, AKO Capital en 2005. Il se révèle un excellent manager et gérant visionnaire, puisque son fonds gère désormais 17 milliards de dollars et emploie 70 personnes et a obtenu un rendement trois fois supérieur à celui des marchés, depuis sa création. En quinze ans, le succès du fonds d'investissement propulse son fondateur parmi les vingt gérants les plus riches du Royaume-Uni, avec une fortune personnelle estimée autour de 550 millions de livres.
Malgré ses talents de gérant, l'annonce de sa nomination il y a six mois a suscité beaucoup de remous dans la classe politique norvégienne, qui a d'abord argué qu'elle entraînerait des conflits d'intérêts. L'homme d'affaires, qui avait initialement annoncé qu'il réduirait sa participation dans AKO Capital de 78% à 43% avant de prendre ses fonctions, a finalement dû y renoncer entièrement pour faire taire les critiques. Il a ainsi déclaré la semaine dernière que la totalité de sa participation dans AKO Capital, serait transférée vers l'organisation caritative qu'il a créée, la Fondation AKO. Il vendra également tous ses investissements personnels, ses actifs - qui, selon lui, s'élèveraient à environ 780 millions de dollars - étant détenus sous forme de dépôts bancaires. "J'ai pris ces mesures pour dissiper tout doute quant à la casquette que je porte actuellement. Je veux être le PDG du fonds pétrolier, et je n'ai qu'un seul objectif : créer de la richesse pour les générations futures", a ainsi déclaré l'intéressé à l'issue d'une conférence de presse lundi dernier.
Mais ce n'est pas là l'unique reproche que le milliardaire a essuyé ces derniers mois : la gauche norvégienne, très attachée aux principes éthiques revendiqués par le fonds souverain, a déploré que plusieurs des fonds AKO Capital, soient basés aux îles Caïmans. Le régulateur financier norvégien a de son côté reproché au gouverneur de la Banque centrale du pays, qui a fermement défendu la candidature du milliardaire, de ne pas avoir publié son nom sur la liste des postulants et de n'avoir pas rendu publique le fait que Nicolai Tangen souhaitait initialement conserver 43% de sa participation dans AKO Capital.
Le gouverneur Oystein Olsen et le gérant de fonds à succès ont finalement tenu bon et résisté au vent de critiques, après avoir pris en compte les remarques des partis du pays. Le milliardaire a ainsi déclaré avec humour qu'il n'avait pas initialement prévu de céder toute sa participation dans son fonds, et que le gouverneur de la banque centrale lui devrait une bière en échange ! Ce philanthrope également passionné d'art moderne (il a obtenu en 2005 un Master d'Histoire de l'Art de l'Institut Courtauld à Londres) et qui détient la plus grande collection d'art norvégien au monde n'a en tout cas pas accepté le poste pour le salaire. Car s'il devrait toucher 7 millions de couronnes par an (720 000 dollars), il devra également s'acquitter de 70 millions de couronnes d'impôts annuels sur la fortune, une fois installé à Oslo. "Ce travail consiste à se tenir debout comme un roc lorsque la tempête vous entoure, qu'il s'agisse des médias ou de la volatilité des marchés financiers. À l'avenir, il s'agira d'essayer d'être un roc dans la tempête, au nom du peuple norvégien", a ainsi déclaré ce père de trois enfants.
Il devra désormais faire ses preuves à la tête du fonds de pension du pays, investi dans près de 9000 entreprises et qui possède l'équivalent de 1,4% de la capitalisation boursière mondiale. Le défi est de taille alors que le fonds prévoit pour la première fois de son histoire de ponctionner près de 420 milliards de couronnes (38 milliards d’euros) dans son bas de laine cette année, pour soutenir l'économie nationale. Le Governement Pension Fund a par ailleurs annoncé la semaine dernière avoir perdu 188 milliards de couronnes (18 milliards d’euros) au premier semestre dans un contexte de crise boursière au mois de mars et d'effondrement des prix de l'or noir sur la même période. La bonne gestion du fonds souverain, dans un contexte de cours du pétrole au plancher sera donc cruciale dans les prochains mois et années. Et l'ancien gérant londonien, qui a promis qu'il générerait du rendement, sera attendu au tournant par toute la classe politique norvégienne, qui n'a toujours pas digéré sa nomination.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

