Macro-économie / Taux / industrie / Relance / relocalisation
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Secteurs stratégiques : une indépendance illusoire
"Le jour d'après ne ressemblera pas aux jours d'avant. Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne. (..) Il nous faut retrouver la force morale et la volonté pour produire davantage en France et retrouver cette indépendance", déclarait le Président Emmanuel Macron le 31 mars dernier. La volonté de relocaliser la production d'une partie des biens appartenant aux secteurs considérés comme stratégiques a rapidement émergé au moment du grand confinement, ayant entraîné l'arrêt quasi total des échanges mondiaux. Une façon pour la France de s'assurer qu'elle disposera à l'avenir des biens cruciaux pour la santé de ses citoyens notamment et de restaurer sa souveraineté économique.
Comment toutefois mesurer la souveraineté économique de l'Hexagone ? La balance commerciale peut constituer une première façon d'envisager notre dépendance vis-à-vis de la production étrangère : ainsi, alors que les exportations et les importations de biens en France avaient des niveaux similaires jusqu'en 2004, le déficit de la balance commerciale s'est creusé depuis. Celle-ci a atteint un solde négatif de 58,6 milliards d'euros en 2019. Nous importons plus que nous exportons et ce, depuis 16 ans.
Deuxième indicateur de notre dépendance : le contenu en importations de la demande finale. Or, selon l'INSEE, en 2015, 25% de notre demande finale était importée. Dans le détail, le contenu importé de la consommation finale des ménages est de 19% contre 34% pour les exportations et 32% pour les autres composantes de la demande finale. La dépendance aux importations est particulièrement marquée pour les biens manufacturés, précise l'INSEE : le contenu des biens manufacturés consommés par les particuliers français s'élevait à 64% en 2015. En termes géographiques, la part du contenu importé d'origine européenne s'élève à 35% pour les biens manufacturés et à 37% pour la consommation finale des ménages.
Autre façon de prendre en compte notre dépendance à l'étranger : compter le nombre d'étapes de fabrication à l'étranger. Or selon une étude de 2019, un bien produit en France ou dans l'ensemble des pays européens passe par un nombre d'étapes de production étrangères plus important que ceux produits aux États-Unis et en Chine, avant d'atteindre le consommateur finale.
Dernier indicateur possible de notre autonomie en termes de production : analyser la part des produits stratégiques importés en France. Selon une étude menée par PwC pour le Conseil national des achats, 58 catégories de produits aujourd'hui importés auraient un potentiel prioritaire de relocalisation afin de sécuriser les approvisionnements. Ces produits appartiennent à 4 secteurs que sont la santé pharmaceutique, l'agroalimentaire, l'électronique et les industries de process et d'assemblage et représentent 115 milliards d'importations, soit près de 21% des importations françaises en 2018.
Fort de ce constat, le gouvernement a donc décidé d'agir pour réduire la dépendance industrielle et technologique de l'Hexagone vis-à-vis de fournisseurs extra-européens dans des secteurs essentiels. En août dernier, il a annoncé la création d'un fonds de soutien à l’investissement industriel dans des secteurs stratégiques : la santé afin de permettre la production de produits de santé jugés prioritaires, de diagnostic in vitro et de composants stratégiques. L'agroalimentaire, afin de diversifier les approvisionnements, soutenir la création, le maintien ou le redéploiement de capacités de production et permettant d’assurer la souveraineté alimentaire et l’autonomie de la France et de l’UE. L'électronique, pour diminuer la dépendance de la fabrication électronique française et européenne vis-à-vis des pays tiers, et aussi développer les filières d’avenir. Et enfin tous les secteurs fournissant des intrants essentiels de l'industrie (chimie, métaux et matières premières). L'appel à projet a été ouvert le 31 août dernier et se clôturera le 17 novembre. Si le lancement de ce fonds est une première étape et devrait permettre d'aider les filières des secteurs essentiels, il faudra sans doute faire plus pour éviter de nouvelles pénuries de produits stratégiques et inciter les entreprises à rapatrier une partie de leur chaîne de production.
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