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Macro-économie / Taux
Banque centrale européenne / relocalisation
La relocalisation a le vent en poupe / Dis-moi qui sont tes amis, je te dirai où tu t'implanteras
La montée du risque géopolitique pourrait bien avoir des effets concrets sur les chaînes de valeur. Dans une étude, quatre économistes de la Banque centrale européenne (BCE) ont interrogé plusieurs dizaines de grandes multinationales (5 % du PIB de la zone euro au total) fortement présentes dans l’Union européenne, notamment sur leurs décisions quant à la localisation de leur production en fonction d’un panel de variables (concernant les cinq années à venir).
Il ressort notamment qu’une proportion plus élevée d’entreprises par rapport aux cinq années précédentes déclare s’attendre à une tendance à : délocaliser davantage de production géographiquement plus proche du site de production final ou du pays de vente ("near-shoring"), diversifier davantage les opérations entre les pays ou localiser davantage de production dans/vers des pays politiquement plus proches du principal pays de vente ("friend-shoring").
Si le "near-shoring" était déjà mis significativement en avant les années passées, ce n’est pas le cas du "friend-shoring". En effet, "42 % des entreprises envisagent de poursuivre une telle stratégie, contre seulement 11 % au cours des cinq années précédentes", soulignent Maria Grazia Attinasi, Demosthenes Ioannou, Laura Lebastard et Richard Morris, économistes au sein de l’institution de Francfort et auteurs de l’étude. "On constate que ce sont principalement les entreprises qui pratiquaient déjà la délocalisation ou prévoyaient de le faire qui envisagent maintenant de diversifier et de délocaliser certaines de leurs activités", ajoutent-ils, indiquant en outre que "ces actions sont globalement associées de la même manière aux entreprises qui envisagent de délocaliser davantage de production vers l’UE et à celles qui envisagent de délocaliser davantage de production en dehors de l’UE".
Comment expliquer ces différents choix ? D’après l’étude, le risque géopolitique est le facteur le plus fréquemment cité pour expliquer les volontés de relocalisation de la production dans l’UE. "Cela montre que les priorités des entreprises ne se limitent plus à la réduction des coûts ou à l’amélioration de l’efficacité, mais qu’elles intègrent également la résilience dans leurs décisions", avance l’étude. Dans le même temps, les problématiques de main-d’œuvre (coût/pénuries/compétences) et de coût de l’énergie apparaissent comme les principaux facteurs de délocalisation de la production hors de l’UE. Nul doute que c’est entre autres avec cet élément à l’esprit que les Vingt-Sept se sont accordés pour réformer le marché de l’électricité.
En ce qui concerne l’approvisionnement en intrants, les entreprises s’attendent à ce que leurs chaînes d’approvisionnement soient de plus en plus proches, diversifiées ou "amies" au cours des cinq prochaines années, avec une certaine augmentation de la part de l’approvisionnement à l’intérieur de l’UE. Là encore, une nouvelle tendance se fait jour. "La délocalisation amicale de l’approvisionnement en intrants n’était pas typique dans le passé, comme c’était le cas pour la localisation de la production, mais devrait le devenir de plus en plus (42 % des entreprises interrogées prévoient de poursuivre une telle stratégie, contre seulement 9 % dans le passé) ", analyse l’étude.
Sans surprise, la Chine est la principale source d’intrants critiques et le pays le plus fréquemment mentionné en termes de risques perçus, que ce soit pour la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise ou celle de son secteur. Or, la plupart des entreprises ont déclaré qu’il leur serait très difficile de remplacer des intrants essentiels provenant de pays considérés comme présentant un risque élevé. Parmi les mêmes répondants qui ont déclaré que leur entreprise s’approvisionnait en intrants essentiels (en grande partie ou en totalité) auprès d’un pays spécifique qu’ils considéraient comme présentant un risque élevé, seuls trois ont déclaré qu’ils n’avaient pas adopté, ni n’avaient l’intention d’adopter, une stratégie visant à réduire leur exposition.
Se pose alors la question de l’impact sur l’économie européenne de ces changements en matière de localisation de l’activité et d’approvisionnement en intrants. "En ce qui concerne l’activité, une grande partie des répondants ont déclaré que ces changements étaient susceptibles d’influencer la part de la valeur ajoutée de leur entreprise générée dans l’UE au cours des cinq prochaines années par rapport aux cinq dernières années. Cela dit, ceux qui prévoient des parts plus élevées et plus faibles s’équilibrent largement", lit-on dans l’étude, qui note toutefois que d’après les entreprises sondées, "l’impact de ces changements sera de plus en plus négatif pour la part de l’emploi de leur entreprise située dans l’UE". Cela aurait du sens compte tenu du fait que les firmes citent le coût - et l’accès - à la main-d’œuvre et aux compétences comme le facteur le plus important dans leurs décisions récentes ou prévues de délocaliser la production ou les opérations hors de l’UE.
Du côté des prix de vente, la proportion d’entreprises s’attendant à une pression à la hausse est toujours élevée (45 %), mais plus faible qu’au cours des cinq dernières années. " Une interprétation possible serait que les mesures visant à rendre les opérations commerciales et les chaînes d’approvisionnement plus résistantes sont coûteuses en soi, mais que l’impact sur les coûts, et donc sur les prix, peut être atténué si ces changements sont soigneusement planifiés", juge l’étude. "À cet égard, il se peut que les mesures prises par le passé aient été, dans une large mesure, non planifiées et soudaines (par exemple, en réponse à la pandémie ou à l’invasion de l’Ukraine par la Russie) et donc plus coûteuses que les mesures prévues pour répondre aux risques liés à la production et à la chaîne d’approvisionnement", estiment les quatre économistes.
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